Ces nécropoles d’un type tout spécial ont très longtemps passé inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles à reconnaître. C’est avec le jour frisant du soir ou du matin qu’on peut le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux roulés qui s’étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain suffisamment consistant pour qu’il ne fût pas nécessaire de soutenir, au moyen d’un mur ou d’un enduit, les bords de l’excavation: leur forme générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et leur profondeur d’un mètre à deux au plus, tandis que l’ouverture dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires et atteignant jusqu’à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en soit augmentée. Après l’ensevelissement, les grandes comme les petites fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se confondaient avec le terrain environnant; il n’y a jamais la moindre superstructure, pas même une pierre tombale.

Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus nombreuses, ne permettaient pas d’y déposer le mort étendu tout de son long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques; les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous pouvons distinguer deux stages, deux modes d’ensevelissement qui semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position dite embryonnaire ou assise, c’est-à-dire avec les membres repliés de manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée l’orientation des tombeaux, qui du reste n’est pas partout rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée vers l’ouest.

Le deuxième mode d’inhumation, qui paraît être un peu plus récent, quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses tombes, le corps était entièrement démembré avant d’être déposé dans la fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s’agit pas d’un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on pourrait le croire, mais d’une coutume qui se retrouve ailleurs qu’en Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles de l’Archipel, au sud de l’Italie, celle de l’inhumation secondaire: on enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans, quand les chairs s’étaient putréfiées et désagrégées, on l’exhumait et on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée n’importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il s’agit sans doute simplement d’inhumations secondaires où l’on n’avait pas pratiqué la désarticulation complète.

Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification. Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d’une forme toute différente, sorte d’immense coupe très profonde, est posé à l’envers sur le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes et un nombre d’os très insuffisant pour former deux corps, ou le contraire.

Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d’autres où les divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir avec une certitude absolue si ces deux modes d’inhumation appartiennent à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et qui peuvent être l’objet de mensurations très exactes, aussi pouvons-nous avoir l’espoir d’être une fois au clair sur cette question si importante.


Mobilier funéraire

Le mobilier funéraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et comporte des objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse, autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces Egyptiens d’avant l’histoire se faisaient déjà des idées très précises sur la vie d’outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l’âme, du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d’eux des vases contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de l’eau ou d’autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu’ils pouvaient rencontrer dans l’autre monde, et des ornements de corps, de se parer comme ils le faisaient sur la terre.