On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur la bande sablonneuse qui s’étend d’un bout à l’autre du pays, entre les terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne: d’abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d’une pomme et qui portent des traces très évidentes d’usage, puis les nuclei à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu’on en eut détaché quelques éclats seulement, jusqu’à celui qui, complètement épuisé, n’est plus qu’un petit noyau conique à facettes; ensuite les éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours de la fabrication par suite d’un accident, et ceux qui portent la trace d’un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être employés de nouveau.

Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou ses types de silex taillés, et l’on ne peut en tirer des conclusions au point de vue de la classification chronologique; il est possible, probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers d’années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l’occasion de revenir plus loin sur les différents modèles d’outils et d’armes, sur leurs formes et leur emploi.


Villages

Dans les mêmes régions, en bordure de la vallée, à la lisière du désert, on remarque en certains endroits de légères surélévations qui se distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu’il y a là quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on appelle des Kjoekkenmoeddings, ou «débris de cuisine»; ce sont en effet des vestiges d’établissements humains, datant d’une époque où les populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui ont dû mettre fort longtemps à s’amonceler. D’un autre côté on ne rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur, ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du reste dans un climat aussi chaud.

Ces amas de détritus ne renferment guère d’objets en bon état, à part quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très importants sur la vie même de ces peuplades de l’Egypte prédynastique; os d’animaux d’après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune de l’Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu’on s’occupait d’élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons qu’on connaissait déjà l’agriculture. Ces documents qui ont si peu d’apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux, puisqu’ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la vie privée des premiers Egyptiens.


Tombeaux

Si nous ne connaissons qu’un petit nombre de ces restes de villages, dont la plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu apparents pour qu’on puisse les distinguer, nous avons en revanche une quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en effet, chaque fois que nous reconnaissons l’emplacement d’un kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance, quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est vraisemblablement celui des habitants du village.