II. PRÉDYNASTIQUE

A. MONUMENTS

Autant cette première période est encore obscure, autant les documents abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement l’époque historique, est souvent désignée par le nom de prédynastique. Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données combinées nous fournissent des renseignements d’ensemble et même de détail sur l’état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont d’abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les vestiges des établissements humains, monticules de débris où l’on reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très considérables de céramique, l’élément le plus important pour la classification générale. Nous prendrons l’un après l’autre chacun de ces points avant d’aborder l’ethnographie proprement dite, l’étude de la race prédynastique et de sa civilisation.


Silex

Les couches sédimentaires qui bordent la vallée du Nil sont extrêmement riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex, d’agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les premiers habitants du pays avaient sous la main, d’un bout à l’autre du pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et leurs outils. C’est vers le nord de l’Egypte, au Fayoum en particulier, que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti.

Quelle que soit la matière employée, qu’il s’agisse du beau silex blond translucide d’Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de celui qui a été en usage dans le monde entier. Le nucleus, ou noyau préparé pour l’enlèvement des éclats, s’obtenait d’une façon très simple: on brisait une partie d’un rognon de silex ou d’un galet, de manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d’un percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension; ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au moyen d’un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue. A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme outils, grattoirs ou couteaux.