Aujourd’hui la vallée du Nil forme une longue et étroite plaine de terres cultivables, bordée des deux côtés par le désert ou la montagne; tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il n’en était pas ainsi aux époques primitives, et l’aspect de la contrée devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe, coulant alternativement sur un bord ou sur l’autre; ce n’est que peu à peu qu’il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu’il avait lui-même apportées. Le limon qu’il amenait avec lui chaque année se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce au sable et aux galets qu’il charriait en même temps et qui se déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s’élevait graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque année par l’inondation; là se développait une végétation luxuriante de plantes d’eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies forêts d’arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait dans le pays, aujourd’hui si sec, une humidité permanente qui devait lui donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu’est maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du reste n’était pas non plus exactement le même qu’aujourd’hui, il devait être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore en Egypte et de ceux qui s’en sont retirés depuis peu, comme l’hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques reculées, l’éléphant, la girafe et l’autruche.

Pour la faune et la flore, l’Egypte, qui n’a plus maintenant que ses cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais il n’en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions fertiles et sauvages en même temps, que l’homme primitif ne pouvait encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se développaient librement les plantes et les animaux les plus variés.


La race

Comme je l’ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin d’avoir établi de façon certaine la race à laquelle appartenaient les plus anciens habitants de l’Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire une idée approximative: c’était une population brachycéphale et orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou châtains, à la taille moyenne, se rapprochant par conséquent beaucoup de la race qui occupait aux époques les plus anciennes tout le bassin de la Méditerranée, et apparentée tout spécialement aux Libyens et aux Berbères. Ainsi on retrouve les mêmes coutumes funéraires, les mêmes modes de sépulture dans l’Egypte primitive et dans les îles grecques, en Grèce et jusqu’en Italie, ce qui peut faire supposer une parenté de race avec les hommes qui habitaient ces contrées avant l’invasion aryenne. On a constaté aussi certains éléments d’origine soudanaise ou plutôt nubienne, même quelques statuettes stéatopyges rappellent le type hottentot, mais ce ne sont là que des exceptions. Il n’y a rien non plus ici des races aryennes ni surtout des Sémites.

Ces populations étaient paisibles et on n’a retrouvé que sur un très petit nombre des crânes étudiés des lésions comme on en verrait certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la syphilis.


Habitations

Dans les montagnes et les falaises souvent assez élevées qui bordent la vallée du Nil, il n’y a ni cavernes ni abris sous roche où les hommes primitifs aient pu s’établir à demeure. Le climat leur permettait de vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l’époque chelléenne semblent s’être tenus de préférence sur les hauteurs, tandis que les hommes de la période dont nous nous occupons avaient des établissements durables à la lisière du désert. Dans ces villages, il n’y a pas trace d’enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractère paisible de ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons nous faire une idée de ce qu’étaient les habitations des indigènes, nous pouvons nous reporter à des modèles de petits édifices très anciens qui ont survécu par tradition religieuse dans les sanctuaires de différents dieux: c’étaient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies, comme en ont encore les nègres de l’Afrique centrale, soit des constructions légères en bois, avec un pilier à chaque angle et un toit plat ou légèrement bombé.