Comme jadis, les habitants des campagnes ne se préoccupaient guère des progrès de l’écriture ou de l’architecture, et vivaient de chasse et de pêche, d’élevage et d’agriculture. Le cuivre fournissait aux pêcheurs un nouvel engin, le petit hameçon, mais il changeait à peine l’armement des chasseurs. L’agriculture était en progrès, sans doute grâce aux efforts de l’administration royale. Le roi possédait-il lui-même des champs de blé et d’orge d’où il tirait ses approvisionnements ou les abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature, c’est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-être y avait-il des terres de la couronne et des terres privées, comme ce devait être le cas plus tard. En tous cas le roi possédait des jardins spéciaux, enclos de murs, qui étaient l’objet d’une surveillance particulière, et où l’on cultivait entre autres la vigne. Les employés du gouvernement apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les premiers canaux.
Les artisans, les gens de métier, vivaient surtout dans les centres, mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mêmes les objets dont ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vêtement. Pendant que les hommes s’occupaient de chasse, de pêche et des travaux des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile.
Commerce extérieur
La plupart des matières premières qu’employaient les Egyptiens provenaient du pays même, mais d’autres devaient être cherchées plus loin, souvent à de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures, employées pour fabriquer des vases ou des objets d’ornement, ne se trouvent que dans des montagnes situées en plein désert; il en est de même de l’or. Le roi envoyait-il des expéditions pour recueillir ces matières précieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu’en Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sinaï, étaient déjà exploités par les Egyptiens; peut-être aussi le commerce extérieur en amenait-il dans le pays des quantités plus ou moins considérables.
L’obsidienne employée en Egypte provient de l’île de Milo, dans l’Archipel, et ce fait montre qu’il continuait à y avoir entre les deux peuples, malgré l’obstacle que leur opposait la mer, des relations suivies; la présence de poterie égéenne dans les tombeaux royaux d’Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait à cette époque sur la Méditerranée.
La similitude très marquée qui existe entre certains objets de la Chaldée primitive et les monuments de l’Egypte thinite a fait envisager par certains savants la possibilité d’une origine commune des deux races. Cette hypothèse, comme je l’ai dit plus haut, doit sans doute être abandonnée, car la civilisation égyptienne est certainement originale et africaine. Les infiltrations sémites qui ont pu se produire dans la vallée du Nil sont beaucoup moins importantes qu’il ne le paraissait d’abord et il se peut fort bien qu’elles soient dues uniquement à des relations commerciales entre l’Egypte et les pays de l’est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des commerçants peuvent avoir apporté d’Egypte en Chaldée ou de Chaldée en Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveauté ayant été appréciée, la mode s’en sera répandue facilement; rien du reste ne prouve que l’usage du cylindre ait été inventé en Mésopotamie plutôt que dans la vallée du Nil. Il en est de même de certains petits vases à parfums, spécialement de ceux à formes animales.
Quant à la question de l’écriture, qui a été invoquée comme preuve de l’origine commune des deux plus anciennes civilisations de l’Orient, elle n’est pas suffisamment concluante. La première écriture d’un peuple sortant de la barbarie est nécessairement pictographique, aussi peut-elle avoir débuté indépendamment dans les deux pays; en effet les signes hiéroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent, n’ont pas la même valeur phonétique, et appartiennent à deux langues très différentes. Là l’écriture primitive se transforme rapidement, devient linéaire, puis cunéiforme, tandis qu’en Egypte elle reste pendant des milliers d’années une écriture hiéroglyphique.