Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain flottement; le royaume du nord, absorbé par Ménès et ses successeurs, se ressaisit peu à peu et cherche à reprendre les rênes du pouvoir. Après de longs efforts, les princes memphites arrivent à supplanter leurs suzerains et à coiffer eux-mêmes la double couronne; il ne semble pas y avoir eu de révolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop lente pour avoir été brutale et c’est sans doute en suite d’une série d’alliances qu’une des familles finit par supplanter l’autre. Les rois memphites se considèrent comme les héritiers directs et légitimes des rois thinites. Loin de renier leurs prédécesseurs, ils continuent leur œuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent également les titres de «maître des diadèmes du Sud et du Nord» et de «roi de la Haute et de la Basse Egypte». Ce dernier titre est suivi d’un nom spécial, qui n’est pas encore enfermé dans un cartouche. Rien n’est changé, ni dans l’organisation du pays, ni dans les mœurs; c’est encore la période de transition dans laquelle rentrent également les rois thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si intimement liés malgré la différence de leur origine qu’il est souvent difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui appartient aux uns plutôt qu’aux autres.
Manéthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de règne, mais ses transcriptions de noms sont très fantaisistes et il est difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que nous connaissons d’après les monuments, et qui appartiennent certainement à cette époque. Aucun événement saillant ne marqua le règne de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de ceux-ci, le Nekherôphès des Grecs, le Babaï des listes, invasion qui se termina, dit-on, par l’apparition d’un phénomène céleste devant lequel les Libyens reculèrent épouvantés, sans combat. Les Egyptiens des époques postérieures avaient cependant conservé très vivant le souvenir de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout du plus important d’entre eux qui est, à n’en pas douter, le vrai fondateur de l’Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le nom d’Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s’appliqua surtout à développer l’écriture et l’architecture, et nous pouvons constater le bien-fondé de cette légende car nous avons en effet de lui des constructions très importantes, comme la pyramide à degrés de Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funéraires, et, immédiatement après son règne, les premières grandes stèles tombales couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines fondations pieuses, comme l’organisation du culte d’Isis à Philae, que relate tout au long une stèle de basse époque dans l’île de Sehel. Cette figure bien réelle du roi Djeser domine et éclaire toute la IIIme dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins connues de toute l’histoire d’Egypte.
IVe dynastie
Le passage d’une dynastie à l’autre s’opéra sans secousse, naturellement; comme le dit un texte littéraire très ancien: «En ce temps-là, la Majesté du roi Houni arriva au port (c’est-à-dire mourut) et la Majesté du roi Snefrou s’éleva en roi bienfaisant, sur la terre entière»; c’est une famille nouvelle recueillant l’héritage d’une famille parente qui s’éteint. Les huit rois de cette dynastie, qui, toujours d’après Manéthon, occupèrent le trône pendant 284 ans, nous ont laissé des témoins indestructibles de leur puissance, les pyramides, l’effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais été tenté.
Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une période de grande prospérité pour l’Egypte; les tombeaux des simples particuliers deviennent de véritables monuments, et lui-même se fait construire deux pyramides. La richesse est très grande dans le pays, conséquence d’une administration sage et prévoyante, et les arts ne tâtonnent plus, ayant atteint l’expression parfaite dont ils ne s’écarteront plus guère. De son œuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu’il organisa de façon définitive l’exploitation des mines du Sinaï, fortifiant ainsi la marche orientale de l’Egypte contre les incursions des bandes sémites de la Syrie méridionale.
Son successeur, Khéops ou Khoufou, continua son œuvre et fut plus puissant encore. Le travail colossal nécessité par la construction de sa pyramide avait rendu son nom légendaire, et les Grecs voyaient en lui un tyran qui avait écrasé son peuple de corvées, tandis que les Egyptiens vénéraient son souvenir, que son culte funéraire se perpétuait et qu’il fut toujours considéré comme un des plus grands rois d’Egypte. Il fonda des temples et continua d’encourager les travaux miniers au Sinaï.