Après la mort de Khéops des compétitions s’élevèrent dans sa famille, et son premier successeur, Dadefra (Ratoïses), fut renversé après un règne plus ou moins long, sa pyramide fut rasée, ses statues mises en miettes, sa mémoire effacée presque complètement. Le frère de ce dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trône, et si nous ne savons rien de son œuvre pendant son long règne, nous avons du moins de lui des monuments extrêmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La légende transmise par Hérodote dit que lui aussi fut considéré comme un tyran odieux et que, comme son père Khéops, sa dépouille mortelle fut arrachée de son tombeau et mise en pièces par le peuple révolté, mais cette légende ne repose sur aucune base sérieuse.
Puis vint Menkaoura, le Mycérinus des Grecs, dont la réputation de justice et de piété se perpétua jusqu’à la fin de l’empire pharaonique; lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues splendides, et continua l’exploitation des mines du Sinaï. Il fut le dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont à peine connus, et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de quelle manière; sans doute des rois incapables se virent peu à peu supplanter par des personnages plus énergiques, plus populaires et disposant d’un parti puissant. Un oracle avait prédit à Khéops que sa famille allait disparaître et qu’après quelques générations une race nouvelle, race d’origine divine, issue de Râ lui-même, le dieu-soleil, monterait sur le trône à sa place. S’inclinant devant la volonté divine, Khéops n’avait même pas songé à détruire pendant qu’ils étaient faibles encore, les premiers représentants de cette famille qui devait déposséder la sienne.
Ve dynastie
Avec l’avènement de ces nouveaux rois, originaires d’Héliopolis — et non d’Eléphantine, comme le dit Manéthon, — qui se considèrent comme engendrés par le dieu-soleil lui-même et adoptent définitivement dans leur protocole le titre jusqu’alors peu employé de «fils de Râ», le caractère théocratique de la royauté s’accuse de plus en plus. C’est le triomphe des prêtres d’Héliopolis, métropole religieuse de la Basse Egypte, les vrais fondateurs de la religion égyptienne, qui en arrivent à grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d’origine si disparate, et à constituer un ensemble homogène, acceptable pour tous les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils réussissent à mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois de la Vme dynastie qui, au dire de Manéthon, régnèrent pendant 218 ans, et même après ce temps, ces prêtres du soleil surent garder pendant de longs siècles une influence prépondérante sur le pouvoir civil.