Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut réorganiser l’administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continuèrent son œuvre. Sahoura d’abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques puissants et d’une activité qui s’étend d’un bout à l’autre du royaume et même au delà de ses frontières: ils contiennent les hordes libyennes et soudanaises qui cherchent à s’introduire dans le pays, ils envoient dans le sud de la Palestine des expéditions devant leur assurer la suprématie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir menaçants, ils reprennent de façon suivie les exploitations minières du Sinaï, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit servir en même temps à développer le commerce égyptien et à imposer le respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l’intérieur, ils construisent des pyramides qui, pour être moins colossales que celles de leurs devanciers, leur sont supérieures au point de vue de la décoration, et des temples monumentaux comme ceux qu’ils dédièrent au soleil dans les environs de leur capitale. D’une manière générale, leur administration, dont nous ne connaissons pas les détails ni même le programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prospérité augmente de plus en plus; la paix et l’ordre règnent dans toute la vallée du Nil. Les prêtres exercent une influence considérable et tous les hauts fonctionnaires se rattachent de près ou de loin au sacerdoce; ils semblent du reste avoir travaillé non pas dans un but d’accaparement, mais pour le bien général du pays.

Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n’est pas l’un des moins importants et des moins puissants, et il termine dignement la série des princes de sa famille; c’est sans doute parce qu’il n’eut pas de descendants directs que le pouvoir passa après lui en d’autres mains, et non ensuite d’un bouleversement politique.


VIe dynastie

Les rois memphites qui succèdent directement aux héliopolitains continuent leur œuvre, mais moins brillamment pour commencer, semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d’Ouserkara, les deux premiers souverains d’une famille qui, d’après Manéthon, compta six rois et 203 ans de règne. Après eux vient une courte période de gloire sur laquelle nous sommes admirablement renseignés par de nombreux monuments, et surtout par les biographies de certains hauts fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, période que domine le roi Pepi I, un des plus célèbres parmi les pharaons: son activité est intense, il fait construire et travailler sur tous les points de l’Egypte et son nom se retrouve à Tanis, à l’extrême nord du Delta, aussi bien que sur les rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sinaï comme dans les carrières du Ouadi-Hammamat. Il s’occupe lui-même de l’administration de la justice et des missions spéciales à donner aux plus capables de ses sujets; il multiplie les décrets établissant les droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il rassemble une armée et des vaisseaux pour écraser les nomades asiatiques redevenus menaçants et envoie des expéditions en Nubie pour assurer la suprématie de l’Egypte sur le Haut Nil.

Ses successeurs voulurent continuer son œuvre, mais son fils aîné Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un règne de 95 ans, ne se montra pas à la hauteur de la situation, et la déchéance du pouvoir central s’accusa rapidement. Deux ou trois rois réussirent pendant quelque temps encore à maintenir le sceptre entre leurs mains, puis disparurent après des règnes sans gloire, et avec eux prit fin cette suite de familles puissantes et énergiques qui avait amené l’Egypte à un si haut point de civilisation.


La fin de l’empire memphite