Ici commence une période très obscure, pour laquelle Manéthon continue sa classification méthodique: C’est d’abord la VIIme dynastie, qui représente sans doute un court interrègne, avec ses 70 rois ayant régné pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui régnèrent 146 ans, rois dont l’histoire nous a à peine conservé quelques noms. Le déclin, ou plutôt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement brusque, surtout si l’on songe que cette chute n’a pas été déterminée par une invasion, une conquête ou une révolution brutale; la cause en est simplement dans le fait que les rois memphites exercèrent un pouvoir tout pacifique et n’eurent jamais à s’appuyer sur une force militaire. Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour maintenir l’ordre, et quand il s’agissait d’une expédition au dehors, les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l’on en formait à la hâte une armée hétéroclite bien suffisante contre les barbares plus mal organisés encore. Nous avons peine à comprendre que des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans armée, faire brillante figure et accomplir une œuvre aussi importante que les pharaons de l’Ancien Empire; c’est une preuve remarquable de l’excellence d’un gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces souverains.

Ce système constituait cependant un danger permanent, et il était à prévoir qu’à la première occasion favorable les grands seigneurs locaux qui devaient fournir leurs contingents à la couronne, dans certaines occasions, chercheraient à profiter de cette force qu’ils avaient toujours sous la main, pour se rendre indépendants et pour s’emparer eux-mêmes du pouvoir. La féodalité s’était constituée ainsi peu à peu, guettant le moment où elle pourrait secouer cette autorité morale qui pesait sur les princes des nomes et les réunissait, et c’est probablement déjà à la fin du règne de Pepi II que ceux-ci commencèrent à s’affranchir. Les plus puissants, apparentés sans doute à la famille royale, se proclamèrent rois, groupant autour d’eux des seigneurs de moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains légitimes, ne conservèrent plus que le Delta, tandis qu’à côté d’eux s’élevaient deux nouvelles dynasties, la IXme d’Héracléopolis, comprenant toute la Moyenne Egypte, et la Xme qui est thébaine plutôt qu’héracléopolitaine, comme le voudrait Manéthon, et qui absorba la Haute Egypte. De là des luttes qui durèrent deux siècles au moins, donnant l’avantage tantôt aux uns, tantôt aux autres. Puissamment secondés par les princes de Siout, les rois héracléopolitains, les Khiti, les Kamerira l’emportèrent le plus souvent, mais durent aussi s’effacer parfois devant une campagne heureuse d’une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite Neferkara de s’installer pour un temps à Koptos. Enfin les Thébains, les Antef et les Mentouhotep, finissent par écraser leurs compétiteurs et réalisent à nouveau l’unité politique du pays; c’est une ère nouvelle qui commence, le Moyen Empire qui remplace l’Ancien.

B. MONUMENTS

Les restes qui nous sont parvenus de l’Ancien Empire sont autrement importants en nombre, en grandeur et en beauté, que ceux de la période précédente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent très développées, et, placées à côté des innombrables représentations figurées, elles nous permettent de pénétrer plus profondément dans la connaissance de la vie des Egyptiens; nous n’en sommes plus réduits à des suppositions, nous les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des monuments découverts nous permettra de nous faire une idée d’ensemble de ce qu’était leur civilisation.


Architecture

Les progrès de l’architecture furent extrêmement rapides, surtout aux débuts de l’empire memphite; nous avons vu, à la fin de la période précédente, le système de construction en briques et bois, avec couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les architectes connaissent la voûte et l’emploient avec succès, puis ils se mettent à la recherche de matériaux plus solides et plus durables que la brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs constructions qui avaient pour eux le plus d’importance, les tombeaux et les temples. Tout de suite ils se montrent passés maîtres dans cette technique nouvelle et semblent se jouer des difficultés avec une hardiesse et une aisance incroyables: dès la IVme dynastie, on ne trouve déjà pour ainsi dire plus un édifice religieux ou funéraire en briques. La dimension des matériaux permettant aux architectes de revenir à l’ancien système de couverture plate, ils inventent le pilier et l’architrave qui leur donnent la facilité de couvrir des espaces très considérables; enfin sous la Vme dynastie paraît la colonne proprement dite, avec toutes ses variétés. Les constructeurs ne se bornent pas à assembler leurs matériaux avec une précision et une exactitude remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la résistance et s’entendent très bien à répartir également la pression des masses.