Fig. 107 et 108. Colonnes palmiforme et papyriforme
(d’apr. Borchardt. Sahuré, p. 44; Ne-user-Ré, p. 64).
Fig. 109. Colonne lotiforme — Abousir
(photogr. de E. Brugsch-Pacha).
Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, étaient des édifices légers, en briques, en bois, ou même en terre pilée, qui tous ont disparu sans laisser de traces. En fait d’architecture militaire, nous n’avons guère que des forteresses comme celles d’Elkab et d’Abydos, vastes quadrilatères formés par d’épaisses murailles de briques crues, qui du reste ne sont pas datées de façon certaine.
Temples
Quant aux édifices religieux, les rois de l’Ancien Empire en avaient construit un peu partout, et avaient remplacé les petits sanctuaires primitifs par des constructions en pierre déjà très développées comme plan; ces temples furent constamment remaniés, agrandis et embellis au cours des âges, souvent même démolis pour être entièrement reconstruits, aussi ne trouvons-nous plus guère que les arasements ou les fondations des constructions originales, comme c’est le cas à Hieraconpolis, à Abydos et à Memphis, ou encore des débris de murailles couverts de bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser à Héliopolis. Ce qui reste de ces temples suffit néanmoins pour nous montrer que chacun avait son caractère spécial, approprié aux besoins du culte local, et qu’on n’avait pas encore adopté, comme cela eut lieu plus tard, un type uniforme pour tous les édifices cultuels.
Parmi tous ces modèles divers de temples, le plus original était celui qui était consacré à Râ, le dieu-soleil d’Héliopolis: il consistait en un énorme obélisque, lourd et trapu, monté sur la plateforme d’un grand massif rectangulaire, tous deux en maçonnerie; un escalier ménagé dans l’épaisseur du socle permettait d’atteindre la plateforme. Sur le devant se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins destinés à des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle précédée de deux stèles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait directement à la vallée, reliant le temple lui-même à un portique monumental. Ici le dieu n’est pas dissimulé au fond d’un sanctuaire accessible à quelques initiés seulement, comme c’est généralement le cas en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c’est l’obélisque lui-même qui est le symbole du dieu-soleil.
Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de Râ, tinrent à honneur de consacrer à leur divin père un sanctuaire semblable, près de leur capitale, à deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins cinq de nom; un seul nous est conservé, en ruines il est vrai, mais en ruines encore très lisibles; c’est celui de Neouserra, mis au jour par une mission allemande, près d’Abousir. Pour donner une idée de ses dimensions, nous dirons que l’enceinte mesure plus de 100 mètres de long. En outre cet étrange sanctuaire était accompagné d’une reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui n’a pas moins de 28 mètres de long, bateau fantastique qui semble naviguer sur les sables du désert.
Les fouilles exécutées à Abydos par une société anglaise, sous la direction de M. Ed. Naville, ont révélé un temple tout différent et sans doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d’Osiris: ici la pièce principale, couverte de dalles de granit supportées par des piliers énormes, sans aucune décoration, consistait en une vaste plateforme isolée du reste du monument par un fossé plein d’eau. Cette disposition si particulière correspondait bien aux nécessités des mystères du grand dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations.
Je ne sais trop si c’est parmi les édifices du culte qu’il faut ranger un édifice plus étrange encore, unique en son genre, qui date probablement de la IIIme dynastie et a été découvert par une mission italienne, à Héliopolis même: c’est une construction circulaire embrassant un espace dont le rayon est de 300 mètres, une sorte de gigantesque anneau de 40 mètres d’épaisseur, en briques crues, percé à l’intérieur de cinq nefs longitudinales supportées par des piliers et des piédroits. L’usage de ce monument nous est absolument inconnu.