Mastabas
Pour l’architecture funéraire nous sommes mieux renseignés, étant en possession d’une quantité considérable de tombeaux qui sont le plus souvent dans un état de conservation remarquable, et nous pouvons suivre pas à pas les améliorations, les modifications apportées dans ce genre de constructions faites en vue de l’éternité. Le but des Egyptiens était de s’assurer après la mort un lieu de repos qui fût pour eux le gage et la condition de la vie éternelle, et ils sacrifiaient volontiers le bien-être de leur existence terrestre, étape provisoire, à la perpétuation de leur âme et de leur double; ce but, ils l’obtenaient en partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d’eux les égaux des dieux, en partie aussi en préservant des atteintes du temps et des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur être immatériel. Plus le tombeau était profond, plus son entrée était dissimulée et obstruée, plus grandes aussi étaient les chances de conservation pour la momie. L’ombre du mort, son double, son ka, comme disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer à vivre dans la tombe, mais il lui fallait l’image des aliments réels pour se nourrir, la représentation des scènes de la vie usuelle pour se délasser ou tout au moins pour s’occuper; à cet effet on prit à un certain moment le parti de sculpter sur certaines parties des monuments funéraires ces figurations si variées qui sont pour nous ce qu’elles étaient sans doute pour les morts, une image fidèle de la vie des anciens Egyptiens.
Les rois sont d’essence divine, par conséquent très au-dessus des hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposées de la même manière que celles de leurs sujets; nous avons donc dans l’architecture deux groupes, celui des tombes privées et celui des tombes royales, issus de conceptions un peu différentes du sort de l’âme après la mort et qui se développent parallèlement, mais indépendamment l’un de l’autre.
Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu à la fin de l’époque thinite la fosse primitive tapissée de briques et flanquée d’un escalier d’accès. Sous la IIIme dynastie, ce plan se développe encore; on ajoute volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de magasins, et au lieu de ne faire qu’amonceler un tas de terre ou de sable sur la couverture du caveau, on commence à construire un massif de maçonnerie. Dès lors la chambre funéraire s’enfonce plus profondément sous terre, la descenderie en escalier est peu à peu remplacée par un puits vertical. Ces massives constructions extérieures qui sont la caractéristique des tombes privées de l’Ancien Empire, sont de forme allongée, rectangulaire, d’une hauteur moyenne, et les Arabes, les comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s’installent, à la porte de leurs maisons, les ont appelés mastabas (bancs), mot qui a passé dans le vocabulaire archéologique.
Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et à peine plus grands que les chambres funéraires qu’ils abritent, mais leurs dimensions augmentent rapidement. Sur la face est — car ces tombeaux sont orientés à peu près exactement — se creusent une ou deux niches qui sont censées être les portes de la tombe, par lesquelles l’âme peut rester en quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps à autre se promener sur terre; c’est là que se font les cérémonies du culte funéraire, là qu’on apporte au défunt les offrandes alimentaires. Nue à l’origine, cette niche s’orne très anciennement déjà de montants et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du mort avec une courte formule le plaçant sous la protection des dieux; ainsi se forme peu à peu le type de la «fausse-porte», modèle courant de la stèle funéraire sous l’Ancien Empire. Cette niche-stèle ou stèle fausse-porte constitue donc à elle seule une chapelle funéraire en miniature; dès la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractère, soit en la dissimulant derrière un mur qui court le long de la façade est du mastaba et forme devant elle un long couloir étroit, soit en la repoussant un peu plus profondément dans l’intérieur du massif de briques, au fond d’une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou moins la forme d’une croix.