XIe dynastie

Une période de troubles intérieurs comme celle qui termina l’Ancien Empire ne pouvait se prolonger indéfiniment et devait aboutir à une restauration de la monarchie sur des bases un peu différentes. Nous avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d’une force militaire sérieuse et qui sans doute n’avaient plus l’autorité morale de leurs prédécesseurs, s’effacer peu à peu devant leurs compétiteurs, les princes héracléopolitains; ceux-ci n’avaient cependant pas réussi, malgré l’énergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, à s’installer définitivement sur le trône d’Egypte, ni même à laisser un nom durable. Pendant ce temps s’élevait dans le sud, dans une province qui jusqu’alors n’avait joué aucun rôle, celle de Thèbes, une famille nouvelle, au sang moins pur, mélangé d’éléments soudanais, famille énergique poursuivant de père en fils, avec opiniâtreté, un seul but, la restauration, à son profit, de l’unité du royaume égyptien. Ces seigneurs qui portent tous le nom d’Antef ou de Mentouhotep, commencèrent petitement: les plus anciens n’ont que leur titre de monarque puis peu à peu ils s’arrogent le droit d’inscrire leur nom dans un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent par prendre la titulature complète des rois légitimes. Les premiers n’étendaient leur domination que sur la moitié méridionale de la Haute Egypte, mais en même temps ils avaient soumis la Nubie jusqu’à la deuxième cataracte au moins; les derniers régnèrent sur toute la vallée du Nil et poussèrent même plus loin, puisqu’ils entreprirent des expéditions du côté du Sinaï et de la Syrie méridionale.

L’ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n’est pas très clair; leur chronologie l’est encore moins: le papyrus de Turin donne six rois ayant régné pendant plus de 160 ans, tandis que d’après Manéthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de règne; il y a dans ces chiffres des erreurs évidentes, puisque nous savons d’autre part que certains de ces rois régnèrent au moins 50 ans; on peut donc supposer que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la série, ceux qui pouvaient être considérés comme souverains légitimes, tandis que Manéthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme des années de règne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernèrent sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette XIme dynastie thébaine, de façon tout à fait approximative du reste, aux environs de l’an 2.200 avant J.-C.


XIIe dynastie

Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie, Mentouhotep V Seankhkara, céda la place de gré ou de force à un homme du nom d’Amenemhat, qui avait été grand-vizir sous un règne précédent et qui était sans doute apparenté de près ou de loin à la famille royale. Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux adversaires qu’il finit par réduire, comme il sut plus tard déjouer un complot des gens du palais qui en voulaient à sa vie. Amenemhat I était non seulement un homme d’action, il était aussi un organisateur de premier ordre, à en juger par l’œuvre accomplie pendant les 30 ans que dura son règne. Il supprime définitivement le régime féodal, l’autonomie des petits princes locaux sur lesquels ses prédécesseurs avaient dû s’appuyer pour gouverner, il reconstitue l’unité de l’Egypte sous un seul sceptre, fait régner l’ordre et la paix dans tout le pays, recule ses frontières grâce à des expéditions heureuses, et fonde une dynastie qui devait régner 213 ans en tout, et être une des plus brillantes qui aient occupé le trône de l’Egypte.

La XIIme dynastie est donc d’origine thébaine, mais son centre politique fut toujours celui qu’avait choisi le fondateur de la monarchie égyptienne, Memphis, abandonnée depuis quelques siècles. C’est dans les environs immédiats de l’antique capitale que les nouveaux rois établirent leur résidence et qu’ils construisirent leurs tombeaux. Les sept rois qui se succèdent de père en fils portent tous, soit le nom d’Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de Senousrit, qu’on lisait autrefois Ousertesen et qui est en réalité l’origine du nom grec de Sesostris, ce héros plus légendaire que réel sur la personne duquel se groupèrent aux basses époques tous les hauts faits des rois du temps passé dont on avait conservé le souvenir.