Les vrais Sésostris, ceux de l’histoire, sont du reste aussi des guerriers et des conquérants, mais leur activité est surtout dirigée vers le sud. Les plus célèbres d’entre eux, Senousrit I et Senousrit III parachevèrent l’œuvre entreprise par Amenemhat I, la conquête de la Nubie: ils étendent l’autorité effective de l’Egypte jusqu’à la 2e cataracte, c’est-à-dire reculent d’au moins 400 kilomètres les frontières de leur royaume. La Nubie est devenue une province égyptienne, administrée par des fonctionnaires spéciaux, avec de petites garnisons cantonnées dans les points faibles du pays, où s’élèvent d’importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontière extrême de la nouvelle province.

Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que très occupés du côté du Soudan, ne négligent pas pour cela les autres contrées limitrophes; les Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l’Egypte sont refoulés ou assujettis, et la domination effective du roi s’étend sur les Oasis, le Sinaï et les contrées désertiques où les travaux dans les carrières et dans les mines peuvent s’effectuer en toute tranquillité.

Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom à une œuvre gigantesque, la création dans le Fayoum, — petit territoire en contre-bas de la vallée du Nil, du côté ouest, — d’un immense réservoir destiné à régulariser les irrigations des environs de Memphis et de la Basse Egypte. C’est le fameux lac Moeris mentionné par Hérodote et les autres auteurs classiques, qui parlent en même temps avec admiration du Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces récits la proportion exacte de fable et de réalité, c’est ce qui n’a pu être encore établi; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de ce qui devait être jadis le lac Moeris, qu’un lac naturel sans écoulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de villes, très étendues, mais qui n’ont rien de monumental, deux pyramides, des colosses, un obélisque; ces restes de constructions montrent bien l’importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se l’imaginaient les Grecs, du moins considérables.


XIIIe et XIVe dynasties

Deux règnes très courts et sans éclat, ceux d’Amenemhat IV et de la reine Sebeknefrou clôturent cette période si glorieuse et si brillante pendant laquelle l’Egypte avait atteint un degré de puissance très supérieur à celui auquel elle était arrivée sous les plus grands rois de l’Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui amenèrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit éteinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait preuve d’incapacité et se soient laissés supplanter par des compétiteurs puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l’unité de l’Egypte, et nous nous trouvons en présence de deux familles rivales, l’une de Thèbes, l’autre de Xoïs dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme dynastie; il semble qu’à un moment donné cette dernière dynastie ait été considérée comme seule légitime, mais d’un autre côté la puissance des rois thébains de la XIIIme a certainement été plus grande. Du reste ces deux séries de rois sont si enchevêtrées qu’on a peine à les distinguer l’une de l’autre: les monuments de cette époque donnent bien des noms de rois, rarement des dates, et jamais aucun détail sur le règne des divers souverains ni sur l’ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une longue liste, malheureusement très fragmentée aujourd’hui, et ne paraît pas avoir établi de distinction entre ces deux dynasties; les autres listes royales ne mentionnent que très peu de noms de cette époque. Enfin Manéthon ne cite pas un seul nom, mais donne à la XIIIme dynastie 60 rois et 453 ans de règne, et à la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres qui sont peut-être exagérés quant au nombre d’années, mais qui paraissent correspondre à la réalité, en ce qui concerne le nombre de rois qui occupèrent le trône.

Nous sommes donc peu renseignés sur cette période, et c’est à peine s’il convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les quelques souverains qui nous paraissent être les figures les plus marquantes de la série et dont les règnes sont plus longs que ceux des autres et les monuments que nous avons d’eux plus abondants et plus importants. L’examen des noms mêmes de tous ces rois montre clairement que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles homogènes, mais de groupes très différents d’origine ou d’individus isolés qui se succèdent sans lien apparent, et ne sont même sans doute pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l’un d’eux s’appelle Nehasi, «le nègre», et d’autres, comme Khendi et Khenzer, à en juger par leurs noms, pourraient être d’origine babylonienne.