B. MONUMENTS

Si nous voulons nous faire une idée de ce qu’était la civilisation égyptienne sous le Moyen Empire et des progrès qu’elle avait pu réaliser depuis la période précédente, nous nous trouvons tout d’abord, de même qu’en ce qui concerne l’histoire proprement dite, en présence de documents extrêmement abondants appartenant à la fin de la XIme et à toute la XIIme dynastie, puis d’une époque singulièrement silencieuse, celle des luttes intestines suscitées par la présence des Hyksos. Ce fait n’a rien que de très naturel et nous obligera, par conséquent, à ne tenir compte dans ce tableau d’ensemble, que des monuments appartenant à la période de gloire du premier empire thébain, de ceux qui se rattachent aux règnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs prédécesseurs immédiats.


Architecture

Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses édifiées par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu être détruites par les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont été reprises par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remaniées, que dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu’à grand’peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survécu, de belles colonnes monolithes en granit qui présentent, à peu de chose près, les mêmes caractères artistiques que celles de l’Ancien Empire, à quelque ordre qu’elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi ces temples; on les trouve réemployés dans les constructions ultérieures et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter, mais les cartouches de celui qui se les appropria après coup, suivant un procédé qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n’hésitons pas à qualifier d’usurpation.

Le grand monument qu’un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a été découvert et déblayé ces dernières années par M. Naville, est un temple funéraire qui n’était pas voué au culte des dieux, aussi ne fut-il guère remanié aux époques ultérieures. C’est un édifice en terrasses avec rampe d’accès, adossé à la montagne; des colonnades de piliers carrés entourent un massif central qui était peut-être surmonté d’une pyramide, et derrière lequel se trouvaient les naos consacrés aux princesses royales; au fond du sanctuaire aujourd’hui détruit, un long couloir s’enfonçait dans le rocher et aboutissait à une petite chambre qui contenait un grand naos d’albâtre, destiné probablement à recevoir une statue de roi.

Les autres souverains de la XIme dynastie n’avaient que des tombeaux de petites dimensions, assez semblables à ceux des simples particuliers; les grands rois de la XIIme adoptèrent le mode de sépulture de leurs prédécesseurs de l’Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher à édifier des monuments aussi colossaux. A Licht et à Dahchour, de même qu’à Hawara et à Illahoun, un revêtement très soigné, en calcaire et même par places en granit, recouvre, ou plutôt recouvrait, puisqu’il a en partie disparu, une maçonnerie plutôt défectueuse en pierre ou en briques; les chambres funéraires sont non plus dans la pyramide même, mais à une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs habilement dissimulés n’ont pas empêché ces tombeaux d’être entièrement pillés. A côté du monument royal, des caveaux étaient réservés aux reines et aux princesses, caveaux d’où sont sortis les trésors inestimables qui ont été trouvés il y a quelques années par le Service des Antiquités de l’Egypte. Du côté est s’élevait la chapelle funéraire, du type déjà connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout.