Quant au mobilier funéraire proprement dit, il est en général modeste. Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve guère que la série des vases à onguents et à parfums, des sceptres et une certaine quantité de bijoux, merveilles d’art et de goût, qui sont parmi les plus belles choses que l’antiquité égyptienne nous ait livrées. Chez les particuliers il y a d’abord la caisse carrée, absolument indispensable du sarcophage, faite sur le même modèle que lui, et contenant les quatre vases canopes, où l’on enfermait les viscères du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des victuailles, enfin des imitations d’armes et des groupes de bois stuqué et peint, représentant des scènes de la vie familière. Ces scènes sont les mêmes qu’on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traitées avec plus de naturel et de naïveté: nous y voyons représentés des cuisiniers, des porteurs et des porteuses d’offrandes, la fabrication du pain et de la bière, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de l’époque avec leur gréement complet et leur équipage. Malgré leur facture souvent un peu grossière, ces petits monuments sont peut-être l’image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des anciens Egyptiens.

La cachette aux statues, le serdab, n’existe plus dans la tombe du Moyen Empire, et s’il se trouve encore dans le tombeau une statue du mort, celle-ci n’est plus que très rarement en pierre, mais presque toujours en bois et souvent de très petite dimension. Il y a ici évidemment une évolution dans les idées funéraires: la notion du ka, du double qui pour subsister a besoin d’un support à défaut du corps lui-même, existe toujours, mais tend à se transformer; il semble qu’elle se spiritualise en quelque sorte et qu’une petite image du mort, image souvent informe, lui suffise, et cela plutôt par tradition que par besoin réel. C’est à ce moment qu’on voit apparaître les premières statuettes mummiformes représentant le défunt, prototypes des innombrables statuettes funéraires ou oushabtis du Nouvel Empire.

Pour les morts d’une classe moins élevée, ceux qu’on ensevelissait à même le sol, on avait en certaines régions la coutume de poser au-dessus de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature de l’habitation des vivants, et qui devait servir de domicile à l’âme: privée de ce pied-à-terre si sommaire, cette âme eût risqué d’errer sans trêve à l’aventure et de disparaître misérablement.

Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques et en bois, et n’ayant aucune prétention à la durée, ont disparu presque partout en Egypte; nous sommes un peu plus favorisés cependant pour le Moyen Empire que pour les autres époques, puisqu’on a retrouvé au Fayoum des restes importants d’agglomérations de maisons, vraies villes composées de petites habitations en briques, serrées les unes contre les autres et séparées par de longues rues droites; c’est là sans doute qu’habitaient des ouvriers et des employés dont les papiers, restés cachés dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu’à nous: ces précieux documents sur papyrus contenaient des écrits de toute sorte, mais surtout des lettres et des comptes.