Au point de vue construction, la maçonnerie est très soignée, formée de grands blocs de calcaire ou de grès, parfois même de granit, posés sur le sol presque sans fondations; les colonnes sont également en matériaux appareillés et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de beaucoup plus grandes dimensions.
Les temples des dieux présentent souvent un tout extrêmement complexe, provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportées au plan primitif; la chose est surtout évidente pour le grand temple d’Amon à Karnak, dont l’ensemble mesure 400 mètres de longueur, et où presque tous les rois du Nouvel Empire ont tenu à laisser une trace de leur activité. Par contre les temples funéraires, bâtis par un seul souverain et pour lui seul, qui sont construits suivant le même principe et sur le même plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples funéraires situés dans la vallée, très loin des tombeaux eux-mêmes, qui sont creusés dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles funéraires dépendant des pyramides, dont les dimensions étaient plus restreintes et le plan très différent; il y a donc dans ce domaine un changement très important à signaler, qui provient d’une évolution dans les idées relatives à la vie future. Le seul temple funéraire qui s’écarte du modèle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou à Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire creusé dans la montagne, sa décoration est du reste, comme celle des autres temples, composée de scènes religieuses et de représentations des événements saillants du règne.
Le culte ne se pratiquait pas de la même manière dans tous les temples, mais il consistait toujours en un certain nombre de cérémonies analogues; la principale, celle du culte journalier, était présidée en principe par le roi lui-même, grand prêtre de tous les dieux d’Egypte, en réalité par un prêtre auquel il déléguait ses pouvoirs. L’officiant commençait par se purifier dans la cour du temple, revêtait les ornements sacrés, s’avançait en grande pompe vers le sanctuaire où il ouvrait la châsse divine; il se prosternait devant le dieu, l’adorait, pratiquait les rites qui devaient faire descendre l’âme de la divinité dans la statue, l’encensait, l’oignait, lui présentait des victuailles diverses, en entremêlant tous ces gestes rituels d’hymnes et de formules magiques; puis il prenait congé du dieu et refermait le naos. Dans les grandes solennités, le dieu, monté sur sa barque et porté sur les épaules des prêtres, sortait et se présentait au peuple massé dans les salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait voguer sur le lac sacré; parfois même, toujours accompagné d’un cortège solennel, il s’en allait passer quelques jours dans un autre de ses sanctuaires, ou faire une courte visite de cérémonie à l’un des dieux ses voisins, ses parents ou ses amis.
Tombeaux
Le changement qui s’était accompli dans les coutumes funéraires est plus sensible encore dans les tombeaux mêmes des rois; c’est sans doute ensuite du pillage systématique des tombes, commis sous les Hyksos, qu’on éprouva le besoin de changer le mode de sépulture et de rendre la dernière retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrète que possible. On choisit dans ce but une vallée isolée et sauvage dans la montagne de Thèbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses les plus impressionnantes que l’Egypte nous ait léguées, vastes syringes descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupées de salles de diverses grandeurs avant d’arriver à la chambre funéraire, au milieu de laquelle se dresse un énorme sarcophage de granit. Les parois sont couvertes d’inscriptions et de scènes en relief peint, d’une fraîcheur et d’un travail admirables, toutes relatives aux cérémonies funéraires et à la vie de l’autre monde, et représentant les êtres fantastiques que le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l’ensevelissement terminé, on fermait l’entrée du tombeau et on la dissimulait aussi soigneusement que possible avec des éboulis de roches, ce qui n’empêcha pas les violateurs de sépultures d’y pénétrer et de faire main basse sur les richesses amoncelées autour des rois défunts; à un moment donné, sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des momies royales et de leur mobilier pour les enfermer pêle-mêle dans une nouvelle cachette qui les a gardées jusqu’à nos jours, et n’a livré son précieux dépôt qu’à des savants capables d’en faire le meilleur usage scientifique: c’est ainsi que nous possédons maintenant les corps, admirablement embaumés, de presque tous les grands rois de la deuxième époque thébaine.