Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypogées creusés dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi dire complètement abandonné; les dimensions sont très variables, suivant la position sociale et la richesse du propriétaire. Quant à la décoration, elle est parfois sculptée, mais plus souvent peinte sur enduit, vu la mauvaise qualité de la pierre dans la montagne de Thèbes où la plupart de ces tombes sont creusées; cette décoration comporte, non pas seulement comme autrefois des scènes de la vie usuelle, qui sont placées dans la première chambre et traitées avec une liberté et une fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l’Ancien Empire, mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux funérailles et aux cérémonies accomplies à cette occasion. C’est là une innovation très caractéristique, correspondant à celle que nous avons déjà signalée pour les tombes royales. A l’ancienne théorie du Ka, du double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus à se substituer celle de l’âme divine qui peut, après la mort, entrer dans le séjour des dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilège, maintenant les simples mortels veulent le partager avec eux. C’est comme un mouvement de démocratisation qui se fait jour peu à peu dans les domaines les plus abstraits et jusqu’alors les plus réservés de la spéculation philosophique au sujet de la vie d’outre-tombe.

Au fond de l’hypogée s’ouvre un puits vertical qui descend au caveau funéraire, grossièrement taillé dans le rocher, où reposait la momie embaumée de façon plus soignée qu’aux périodes antérieures, bien enveloppée dans ses bandelettes et ses linceuls et couchée dans le cercueil anthropoïde plus ou moins richement décoré de scènes funéraires ou religieuses. Parfois ce cercueil est placé dans un autre cercueil de même forme, parfois même un grand sarcophage rectangulaire, également en bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a disparu, mais souvent cet accessoire est remplacé par une planchette ayant la forme du couvercle du cercueil et posée directement sur la momie. Sur le sarcophage même, il n’y a plus que peu de textes; par contre les grandes compositions ayant pour but d’assurer aux défunts la vie d’outre-tombe, comme celles que nous appelons Livre des Morts et Livre de l’Am-Douat, sont écrites sur des rouleaux de papyrus placés, soit sur la momie elle-même, soit auprès d’elle, dans une statuette de bois.

Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases canopes où sont les viscères embaumés du mort, puis une caisse où sont empilées en plus ou moins grand nombre les statuettes funéraires ou oushabtis, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre émaillée destinées à remplacer les statues de serviteurs de l’époque précédente et les statues du mort lui-même. A côté de ces objets vient s’entasser tout le mobilier funéraire: lits, chaises, fauteuils, coffrets, vases pleins de parfums, vêtements, linges de toute sorte, perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, légumes et fruits: il y a peu d’années, on a retrouvé une série complète de ces objets dans une tombe de peu d’apparence, celle de l’ingénieur Kha et de sa femme Merit, le tout dans un état de conservation si remarquable qu’en se promenant dans la salle du musée de Turin où ces objets sont installés, on est comme transporté à plus de 3000 ans en arrière et l’on sent vivre encore autour de soi l’esprit de ces deux morts. Il en est de même pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d’Amenophis III, Youaa et Touâa, et surtout pour celui que contenait encore le tombeau du roi Toutankhamon, et qui dépasse comme richesse et comme splendeur tout ce qu’il était possible d’imaginer.

C’est à Thèbes même, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu’on rencontre ailleurs que dans la capitale ne présentent pas de divergences bien caractéristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el Amarna, restes de l’époque des rois hérétiques, creusées aussi dans le rocher et décorées de bas-reliefs d’un style si particulier.

A l’époque saïte on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de nombreuses salles, mais un nouveau modèle, celui de la chambre funéraire unique, voûtée et décorée exclusivement de textes religieux; cette chambre est construite au fond d’un immense puits de plus de 30 mètres de profondeur, soigneusement comblé après les travaux, avec puits plus petit situé à côté et permettant l’accès du tombeau au moment des funérailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette époque.

Pendant cette période où l’on cherchait dans tous les domaines à revenir aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent à la mode, mais ils sont généralement de forme anthropoïde et couverts d’inscriptions. Les momies sont, à peu de chose près, semblables à celles de l’époque thébaine, mais on recommence à les coiffer d’un masque en cartonnage à figure humaine; ce n’est que plus tard, sous la domination des Grecs et des Romains, qu’on en vint à orner le maillot des momies d’un buste en plâtre colorié ou d’un panneau de bois peint à la cire représentant le portrait du mort et fixé au moyen des derniers tours de bandelettes.