Sculpture

Il n’est pas besoin d’une longue expérience pour distinguer les œuvres de la statuaire du Nouvel Empire de celles des époques antérieures, bien que la pose du modèle et les lignes générales soient toujours à peu près semblables. En plus des différences de costume qui sont très appréciables, le style lui-même n’est plus exactement le même: alors que les sculpteurs de l’Ancien et même du Moyen Empire s’appliquaient avant tout à reproduire avec certitude la physionomie, l’expression même de leur modèle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dépens du reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins réaliste et cherchent surtout la grâce et l’élégance; les figures s’uniformisent et n’ont plus un caractère aussi personnel, mais le corps entier est traité avec le même soin que la tête, avec un souci beaucoup plus marqué du modelé. Cette tendance est une tendance générale, qui n’exclut pas un certain nombre d’œuvres isolées, manifestations artistiques très personnelles et de premier ordre. Le réalisme qui se fait jour à l’époque des rois hérétiques est un peu un réalisme de convention, puisque c’est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses sujets doivent se rapprocher autant que possible.

Nous possédons des statues royales extrêmement nombreuses, surtout depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livré plusieurs centaines. Presque toutes étaient à l’origine déposées dans les temples et contribuaient à l’ornementation de ceux-ci; elles représentaient alors le double du roi qui pouvait, en assistant régulièrement aux cérémonies du culte, prendre sa part des offrandes présentées au dieu: en échange du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci avait la charge de le nourrir dans l’autre monde. D’autres statues étaient sans doute déposées dans les tombeaux pour jouer le rôle de support du Ka, rôle que nous avons étudié plus haut. Il y avait des statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques centimètres de haut, jusqu’aux colosses placés à la porte des temples, devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mètres de hauteur; mais les plus fréquentes sont celles qui sont à peu près de grandeur naturelle. La matière aussi est très diverse: le bois, le métal, les pierres de toute sorte et jusqu’à la brique recouverte d’enduit. La position la plus fréquemment employée est la position classique du roi assis sur un trône, les mains sur ses genoux; à côté de cela, on trouve le roi debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouillé présentant des vases d’offrandes, le roi prosterné, bref le roi dans toutes les positions qu’il a l’habitude de prendre, soit en présence de ses sujets, soit quand il célèbre le culte divin.

Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l’usage qui consistait à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à propos des tombeaux eux-mêmes, qu’il s’était produit une évolution très marquée dans les doctrines relatives à la vie de l’au-delà, et cette évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du Ka ou du double, remplacée par celle de l’âme, passe graduellement au second plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume d’Osiris, dans ce canton riant et fertile de l’autre monde qu’on appelle les champs d’Ialou, et les statuettes funéraires ou oushabtis, déjà mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs divins.

Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie, la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à ce remarquable épanouissement de l’art sous les rois saïtes, la renaissance du réalisme antique, mais d’un réalisme épuré, plein d’élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus perfectionnée.