L'influence la plus profonde qu'on puisse déterminer est celle d'Edgar Poe. Dans les hautes conceptions de ses personnages féminins, d'une si stricte élégance et de sobre éloquence, on entrevoit des souvenirs de Ligeia. Aussi, dans le tour plaisant des contes grotesques, Hoffmann lui fut inspirateur par cette double vision de la personnalité humaine; des âmes pures presque invisibles, circulant au milieu de caricaturales et presque animales apparences. De Baudelaire sans doute sont venues à lui de belles visions de nuit, et de tristesse sous les étoiles, et de Wagner, la méthode symphonique de ses dernières œuvres et le culte de la cadence dans les phrases initiales des tirades. Certaines sont scandées, développées, rythmées comme de la musique. Le procédé éclate surtout dans l'Ève future. Dans Axel, la recherche de la cadence musicale est moins profonde, et fait place le plus souvent à une recherche de proportions serrées dans les répons dramatiques et les scènes antithétiques les unes aux autres. A côté de cette influence sur la façon d'écrire (car il n'en est guère trace dans l'intime pensée que reflètent les livres), Wagner eut encore pour l'écrivain français le prestige de celui qui avait fait son œuvre, toute son œuvre, grâce au concours des circonstances et de sa volonté (voir la Légende moderne, Histoires insolites), et peut-être l'exemple du réformateur allemand arrivé, après transes, au fate de toute gloire, soutint-il souvent, dans la pénible vie littéraire, Villiers, et l'aida-t-il vers la force qui permet les œuvres de longue haleine.

La langue de Villiers est pure et son style ample; sa nouveauté en français est sa rythmique musicale, non pas neuve en son existence même, puisque Les Bienfaits de la Lune l'indiquaient, mais en son harmonieux arrangement, sur la longue surface d'un livre ou d'un drame. S'il fallait, en faisant la part des influences citées plus haut, du temps et des matières de pensées nouvelles, que Villiers apporte, évoquer l'écrivain duquel il dresse le souvenir, nous penserions à Chateaubriand, au Chateaubriand des dernières œuvres, Les Mémoires d'Outre-Tombe, et le Discours à la Chambre des pairs, et ce n'est pas la rythmique seule de l'éloquence qui les réunit, en l'esprit du lecteur, mais là les rapprochements sont si évidents et d'un ordre tellement simple, que mieux vaut se borner à juxtaposer ces deux noms.

Gabriel Vicaire.

J'ai vu le cimetière

Du bon pays d'Ambérieux,

Qui m'a fait le cœur joyeux

Pour la vie entière.

Et sous la mousse et le thym,

Près des arbres de la cure,