[48] Enquête, t. I, p. 38. Lavisse, professeur à la Sorbonne.

Le nombre d'heures de travail au lycée est excessif et très supérieur à celui qu'on impose aux forçats. L'hygiène y est déplorable. Le régime alimentaire généralement détestable.

Je puis vous parler du régime de l'internat, au point de vue matériel, intellectuel et moral.

Au point de vue matériel, c'est un régime absurde à première vue. Si nous faisons le compte des moments que l'élève passe debout en plein air, nous arrivons à deux heures et demie au total.

Il semble que, pour des êtres qui se développent, il y a là une situation dangereuse, anormale; être deux heures et demie à l'air libre, sur vingt-quatre, c'est trop peu.

Nos promenades du jeudi et du dimanche sont sans intérêt et sans utilité. L'élève s'y traîne dans les rues et sur les routes. Il en revient fatigué, sans profit pour son développement physique.

... J'en viens à la nourriture. Elle est, en général, franchement mauvaise, parce que mal préparée[49].

[49] Enquête, t. II, p. 417. Pequignat, répétiteur au lycée Henri IV.

Ce régime abrutissant plonge les élèves sinon dans la tristesse au moins dans une sorte de résignation hébétée que trahit leurs faces mornes.

La plupart de nos élèves ne sont pas gais; nous leur infligeons tant d'heures de travail que nécessairement leur santé laisse quelque peu à désirer, et lorsque arrivent les vacances, ils ont un véritable besoin de repos[50].

[50] Enquête, t. II, p. 640. Payot, inspecteur d'Académie.

Aucun exercice physique ne vient rompre la monotonie de ce fastidieux labeur. On a beaucoup parlé des exercices physiques, on a fondé de belles ligues, prononcé d'éloquents discours, mais, devant l'opposition sourde de l'Université, qui méprise ces exercices rappelant pour elle le travail manuel, objet de tous ses dédains, ils ont progressivement disparu.

Les exercices physiques n'existent même pas. Chaque élève y consacre quarante minutes environ par semaine[51].

[51] Enquête, t. II, p. 396. Potot, surveillant général à Sainte-Barbe.