[135] Lavisse. Conférence sur le baccalauréat.
En résumé, l'élève est censé savoir par cœur une Encyclopédie complète. Comme il ne peut évidemment en retenir qu'une faible partie, l'examen est pour lui uniquement une question de chance. C'est ce que nous montre très bien M. Lavisse. Après avoir constaté que la façon dont on fait passer l'examen est «scandaleuse», il ajoute:
Bien que je puisse affirmer, que les jurys ont, en somme, des habitudes de large indulgence,—si large qu'être bachelier cela ne signifie à peu près rien,—il est certain que, dans l'examen oral comme dans l'examen écrit, des juges cotent plus haut et d'autres plus bas. Ici encore, un candidat peut être refusé salle A, qui aurait été reçu en face, salle B. C'est le palier qui fait la différence.
Les personnes qui ont déposé devant la Commission d'enquête ne se sont pas d'ailleurs montrées beaucoup plus indulgentes, bien que n'ayant en aucune façon participé à la confection des programmes. Voici quelques extraits de leurs dépositions.
Le gros événement que j'aperçois dans le baccalauréat, c'est que cet examen donne, non pas le maximum de la constatation des efforts faits par l'enfant, mais tout au contraire un minimum accidentel, tiré en quelque sorte à la loterie, sur deux ou trois points déterminés.
La part de chance y est tout à fait excessive[136].
[136] Enquête, t. II, p. 676. R. Poincaré, ancien ministre de l'Instruction publique.
Bien entendu les élèves sont fixés sur ce point et ont recours à tous les moyens capables de fixer la chance. Recommandations par des gens influents, sans parler de la fraude.
Dois-je ajouter, enfin qu'un trop grand nombre de candidats ont recours à la fraude? Certainement l'examen, comme il est pratiqué, est démoralisateur[137].
[137] Enquête, t. I, p. 40. Lavisse, professeur à la Sorbonne.
Ce que les élèves étudient spécialement, ce sont les réponses chères au professeur. Devant tel examinateur, on doit assurer que Marat était un grand homme, et devant tel autre examinateur déclarer qu'il n'était qu'un immonde gredin. Toute erreur de doctrine est fatale au candidat.