Il y a des candidats qui étudient surtout les examinateurs, qui relèvent les questions posées par tel ou tel, répétées d'années en années, et qui ne se préparent que pour ces questions.

Un professeur de Faculté voulait toujours qu'on lui parlât des cinq périodes du génie de Corneille; les élèves connaissaient sa petite faiblesse et, formés par leurs professeurs, ils apprenaient les cinq périodes du génie de Corneille. Un jour, le professeur était absent et remplacé par son suppléant. Un pauvre candidat croyant avoir affaire à l'homme aux cinq périodes, répondit à cette question: Que savez-vous de Corneille?: «On distingue cinq périodes». Mais l'examinateur lui dit: «Vous vous trompez, je ne suis pas M. X...»[138].

[138] Enquête, t. II, p. 262. Pasquier, recteur à Angers.

Les questions posées par les professeurs sont parfois invraisemblables et dénotent de leur part une mentalité déconcertante.

Il semble que leur principale préoccupation ne soit par des rechercher ce que sait l'élève, mais bien de l'embarrasser. Voici quelques-unes des questions posées dans diverses facultés et citées devant la Commission d'enquête.

Quelles sont, en France, les terres propres à la culture des asperges?

Quelles sont les vertus curatives des eaux minérales de France?

Pourriez-vous dire quelles ont été les réformes faites par l'électeur de Bavière au XVIIIe siècle[139]?

[139] Enquête, t. II, p. 561. Malet, professeur au lycée Voltaire.

Est-il beaucoup de membres de l'Institut—en dehors de quelques spécialistes—capables de répondre à ces questions?

La seule règle qui guide réellement les examinateurs est d'arriver à une certaine moyenne constante de refusés et d'admis. Ils maintiennent soigneusement la proportion de 50 % d'admis, d'après la statistique présentée par M. Buisson à la Commission[140]. La régularité annuelle de ce chiffre indique la préoccupation des examinateurs. Ils iraient plus vite et les résultats seraient absolument les mêmes si la réception des candidats était tirée simplement à pile ou face.

[140] Enquête, t. I, p. 438.

Malgré le hasard qui préside à la réception des candidats, les examinateurs ne cessent de se plaindre de leur insuffisance. A les entendre, la très immense majorité des élèves ne se composerait que de misérables crétins. Voici quelques extraits de doléances présentées devant la Commission.