Une cérémonie religieuse devait précéder l’inauguration du canal.

D’après les plans de M. Laroche, ingénieur de la Compagnie à Port-Saïd, trois estrades avaient été dressées sur la plage, devant le quai Eugénie; l’une prêtant face à la mer, et destinée aux souverains, et les deux autres vis-à-vis, à gauche pour le service musulman, à droite pour l’office chrétien.

Dans la nuit du 15 au 16, les flots poussés par un fort vent de nord-ouest ayant envahi les abords des tribunes, il avait fallu élever à la hâte une chaussée assez solide et assez large pour le défilé du cortége.

C’est ce qui explique pourquoi, aperçu de loin, le lieu de la fête ressemblait à un îlot dont plusieurs points ne sont accessibles que par une sorte de gué.

Le temps d’ailleurs était superbe, et lorsque, vers deux heures, les salves d’artillerie annoncèrent que les hôtes du khédive avaient pris place et que la cérémonie commençait, le spectacle qui se déroulait aux regards était de ceux que l’on n’oublie point.

Au fond, le ciel d’un bleu clair, vivement découpé par les mâtures pavoisées des frégates à l’ancre, le long de la jetée ouest; à droite, sur un terre-plein rapproché, le nouveau phare, qui se dresse comme un monolithe; enfin au premier plan, au milieu des bannières, des oriflammes et des pavillons, les estrades, dont les hautes et flottantes draperies ornées d’écussons et de feuillage forment dais au-dessus de l’auguste assemblée.

Une foule composée de tous les échantillons de la race humaine complète ce tableau, qu’elle étreint comme une ceinture multicolore.

Au centre et au premier rang de l’estrade principale, se tiennent l’impératrice Eugénie, l’empereur d’Autriche, le khédive, le prince de Prusse, le prince et la princesse des Pays-Bas.