A Suez, les premières heures de la matinée du 20 novembre sont remplies par une fiévreuse attente.
La rade est sillonnée de bâtiments légers qui vont explorer les abords du canal; en ville, des fenêtres et des balcons pavoisés, des centaines de lorgnettes sont braquées dans la direction du canal; le canal, enfin, objectif de tous les regards et de tous les vœux, est interrogé depuis son embouchure jusqu’aux derniers plis de terrain derrière lesquels il disparaît au nord.
Enfin, vers onze heures, un mince filet de fumée s’estompe dans le lointain: c’est l’Aigle, suivi des autres bâtiments, qui s’avance dans l’ordre déjà indiqué.
A onze heures et demie, des salves d’artillerie annoncent la sortie du canal, l’entrée dans la mer Rouge, la consécration officielle et définitive du succès de l’œuvre.
Le khédive, toujours courtois, avait précédé ses hôtes à Suez et avait passé la nuit dans le port Ibrahim, à bord de son yacht le Zinel-el-Bahren.
Au premier signal de l’approche de la flottille, Son Altesse prend place dans son embarcation d’honneur, et ordonne qu’on fasse force de rames vers le canal.
Le khédive, assis sous une tente richement décorée, est entouré de plusieurs hauts fonctionnaires de son gouvernement.