Pourtant elles n’eussent point suffi pour assurer le succès d’une entreprise pendant longtemps réputée comme chimérique: c’est à la persévérance, à l’enthousiasme toujours égal à lui-même, à l’amour de la difficulté, à l’optimisme jusqu’au dernier moment inébranlable du président de la Compagnie qu’il faut aussi demander le secret de la réussite.
Ajoutez à cela un cœur et une main que l’esprit de calcul n’a jamais fermés, un courage qui va jusqu’à la témérité, une santé d’une vigueur extrême, une activité physique qui rappelle celle des plus renommés conquérants, et vous aurez un crayon, sans doute incomplet encore, de cette physionomie vivace et complexe, qui tient à la fois du diplomate, de l’initiateur, du poëte et du héros.
M. de Lesseps a eu la bonne fortune de rencontrer en M. de Ruyssenaers un de ces agents habiles, résolus, dévoués comme des amis seuls peuvent l’être, et sans le secours desquels les entreprises périclitent ou se traînent péniblement vers le but.
Obligé de courir sans cesse d’Orient en Europe, pour aller partout défendre et propager son idée, il laissait du moins en Égypte comme un autre lui-même, chargé de représenter les intérêts de l’œuvre sur le terrain où elle s’accomplissait. Et cet intermédiaire s’est trouvé être un des hommes les plus sympathiques aux souverains de l’Égypte. Aussi peut-on dire que nombre de difficultés qui, dérivant de la nature des choses, paraissaient pour cela insurmontables, ont été successivement aplanies. C’est à la bienveillante estime du khédive pour M. Ruyssenaers qu’est dû ce résultat.
M. Ruyssenaers habite l’Égypte depuis 1843 et il est consul général des Pays-Bas depuis 1851. En 1854, il aida de son influence personnelle, auprès de Saïd-Pacha qui venait d’arriver au pouvoir, M. de Lesseps à obtenir la concession des travaux de l’isthme.
Il fut alors nommé agent supérieur de la Compagnie en formation, et représentant de M. de Lesseps en Égypte.
Ce titre lui fut confirmé en 1858, après le succès de la première souscription. En 1861, il donna sa démission d’agent supérieur, et fut nommé vice-président honoraire, titre qu’il a gardé jusqu’ici.
M. Ruyssenaers est officier de la Légion d’honneur, grand officier de la Couronne de chêne, grand officier du Medjidieh, et chevalier de l’ordre supérieur du Lion néerlandais.
Entre tous ceux qui ont mis la main à l’œuvre, M. Lavalley a exécuté le plus efficace labeur, depuis le premier coup de pioche de l’entreprise Hardon jusqu’au dernier effort des dragues de l’entreprise Borel-Lavalley. Non pas parce qu’il a achevé ce que d’autres avaient commencé, mais parce qu’il l’a achevé plus promptement qu’ils n’eussent pu le faire, parce qu’il a avancé l’époque où le canal a pu être livré à la navigation, et cela grâce à l’introduction d’engins puissants et sûrs, comme la mécanique n’en avait point su construire jusque-là.
Les dragues et les élévateurs ont été et seront décrits ailleurs. Nous n’avons que le loisir de rendre hommage à celui qui les a inventés, perfectionnés et appliqués, à son honneur et au profit de la tâche confiée à ses soins.