Quelques années après, Pierre IV d'Aragon, pour ne pas demeurer en reste, crée l'Université d'Huesca (1354).
Puis, pendant plus d'un siècle, les fondations s'interrompent ou sont sans importance[ 126]. Et tout d'un coup, aux approches du seizième siècle, le mouvement s'accélère, prend une ampleur vraiment surprenante. Il semble que l'Espagne soit alors possédée d'une fièvre de savoir: comme si elle avait le pressentiment de sa future grandeur, elle s'efforce par avance de s'en rendre digne.
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Luchente (1423), Barcelone (1430), Gérone (1446).
Les princes, tout les premiers, se laissent emporter par ce grand élan et les papes n'y mettent pas obstacle.—Car l'Université est une [p. 100] institution pontificale aussi bien que royale; elle est même surtout, à son origine, un instrument de la puissance romaine. Comme les grades qu'elle confère ne se limitent pas aux bornes du royaume et conservent leur valeur dans toute la chrétienté, la papauté s'est naturellement arrogé le droit de discuter ses statuts, de fixer ses privilèges, de contrôler son enseignement[ 127]. Or, jusqu'à ce moment, le Saint-Siège a semblé peu désireux de multiplier ces centres d'instruction, par peur sans doute de ne pouvoir plus les dominer aussi absolument s'ils devenaient plus nombreux, de les voir se soustraire insensiblement à sa surveillance. Jusqu'ici les rois n'ont pu lui arracher qu'après de longues et laborieuses négociations les autorisations et confirmations nécessaires. Et tout d'un coup il cède au courant. A mesure que les princes d'Espagne deviennent plus forts, à mesure que, dans l'agitation du reste de l'Europe, leur fidélité lui devient plus précieuse, il sent le besoin de se montrer plus libéral et plus conciliant. Non seulement il sanctionne sans difficulté les [p. 101] fondations nouvelles, mais encore il en assure généralement la durée en leur attribuant une part des rentes ecclésiastiques, sans craindre de diminuer ainsi les ressources des évêchés et des paroisses. Les rois complètent ces donations en se dépouillant au profit des jeunes Universités de certains de leurs revenus, particulièrement des tercias, c'est-à-dire des deux neuvièmes qu'ils prélèvent sur les dîmes. En même temps, de grands seigneurs, particulièrement de grands seigneurs d'Eglise, archevêques et cardinaux, mettent leur honneur à élever dans leur diocèse ou dans leur ville natale des bâtiments souvent magnifiques, à y ouvrir des Écoles ou des Collèges qu'ils dotent richement, auxquels ils laissent, en mourant, tous leurs biens en héritage. Ailleurs, particulièrement dans les pays d'Aragon, où la vie municipale a gardé toute sa puissance, ce sont les corps communaux qui réclament des Universités, qui les créent, qui les font vivre: c'est ainsi que les «jurés» de Saragosse et ceux de Valence veulent avoir leurs Ecoles, comme les «paheres» de Lérida et les conseillers de Barcelone avaient eu les leurs. Et alors, sur tous les points du royaume, l'on voit, comme en une floraison superbe, s'aligner les [p. 102] colonnades, se dresser les portiques, monter dans les airs les coupoles et les clochers. Les tailleurs de pierres sculptent encore sur les imposantes façades les attributs mythologiques, les emblèmes et les blasons, que déjà les salles de cours s'ouvrent et se remplissent: déjà se construisent autour de l'Université naissante les pensions, les Collèges, les maisons d'étudiants; déjà la ville prend une physionomie particulière, ranimée par l'afflux de toute cette jeunesse, vivifiée par cet élément de prospérité, et le corps nouveau grandit, conscient de sa force, société indépendante au sein de la société civile, formant comme une cité libre avec son organisation spéciale, ses privilèges, ses exemptions, ses immunités.
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Il en est de même à Paris, où l'autorité pontificale crée ou supprime à son gré les chaires de l'Université et y interdit même l'enseignement du droit civil.
En 1472, se fonde l'Université de Sigüenza; deux ans après, celle de Saragosse; en 1482, celle d'Ávila; en 1500, celle de Valence[ 128]; en 1504, celle de Santiago[ 129]; en 1508, celle d'Alcalá; en 1516, celle de Séville; en 1520, celle de Tolède; en 1533, celle de Lucena; en 1534, celle [p. 103] de Sahagún, bientôt transférée à Irache; en 1537, celle de Grenade[ 130]; en 1542, celle d'Oñate; en 1547, celle de Gandía[ 131]; en 1548, celle d'Osuna[ 132]; en 1551, celle d'Osma[ 133]; en 1553, celle d'Almagro, et, à peu près à la même époque, celle d'Oropesa[ 134]; en 1565, celle de Baeza; en 1568, celle d'Orihuela[ 135]; en 1572, celle de Tarragone[ 136].
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Favorisée, dès son origine, par le pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia), né aux environs de Valence et ancien évêque de cette ville.
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Bulle de Jules II (1504).
[!--Note--] 130 ([retour])
En 1526, Charles-Quint avait déjà fondé à Grenade le Colegio de Santa Cruz de la Fe et le Imperial de San Miguel.
[!--Note--] 131 ([retour])
Fondée par saint François de Borgia, duc de Gandía.