Les grandes Universités protestèrent, comme on pouvait s'y attendre.

Au nom de leurs collègues de Salamanque et au leur, les professeurs d'Alcalá firent remettre au Roi un mémoire de quarante-deux pages où ils affirmaient que la fondation d'un Estudio general dans la capitale même du royaume était «déplacée et dangereuse» et qu'elle aurait sûrement pour résultat de ruiner l'enseignement universitaire.

Le Roi fit répondre que cette plainte était inconvenante et que rien ne la justifiait, puisque le nouvel établissement ne devait pas avoir le droit de conférer les grades: il ordonna de détruire immédiatement tous les exemplaires du mémoire, dont on avait fait deux tirages[ 192].

[!--Note--] 192 ([retour])
La Fuente, Historia de las Universidades, III, p. 66.

Salamanque et Alcalá n'eurent plus qu'à se résigner et à subir une rivalité qui était, quoi qu'on eût dit, redoutable.

Avec ses six chaires de grammaire et de rhétorique, [p. 175] avec ses dix-sept chaires d'enseignement supérieur, le Collège Impérial était bien, en effet, une Université véritable. Mais au lieu d'être comme les autres Universités une corporation relativement indépendante et autonome, il n'était qu'une partie d'un tout étroitement uni, soumis à une direction unique. Il devait être bien moins un centre de culture qu'un instrument de domination.

Entre les habiles mains des Pères Jésuites, il devint rapidement prospère, il fut bientôt l'établissement à la mode où, loin des promiscuités fâcheuses, la fine fleur de la noblesse vint se former aux belles manières et chercher, sinon la science, du moins les apparences du savoir. Ce fut la pépinière des hommes de Cour et des politiques, des bons serviteurs du roi, dociles et point trop scrupuleux[ 193]. Ainsi il enleva aux grandes Universités une bonne part de cette aristocratique clientèle dont elles étaient si fières et on peut dire qu'il les découronna.

[!--Note--] 193 ([retour])
La douzième chaire avait pour programme: d'interpréter la Politique et l'Economique d'Aristote «de manière à concilier la raison d'Etat avec la conscience, la religion et la foi catholique». (Fundación de los Estudios generales... etc.) On avait déjà beaucoup tiré d'Aristote: mais ceci est assez nouveau.

[p. 176]

[!-- H2 anchor --]