A Salamanque, «la Compagnie» s'insinue plus discrètement et triomphe avec plus de peine. Elle commence à s'établir assez loin de la ville, à Villamayor, puis plus près, à Villasendin, dans les faubourgs; quelques années après, elle a franchi les murs, mais reste encore tout près de l'enceinte, à côté de la porte de San Bernardo. L'Université, les Collèges, les communautés surveillent avec inquiétude ses travaux d'approche, et quand enfin, sûre de son pouvoir, elle veut s'installer à deux pas des Écoles, au cœur même de la cité, elle se heurte à une opposition formidable.
Mais elle a pour elle Philippe III et surtout [p. 172] la reine Marguerite qui lui a déjà promis 40,000 ducats pour sa future fondation[ 190]. Le roi et la reine viennent eux-mêmes à Salamanque pour essayer de désarmer les résistances, et enfin, en 1617, malgré le Recteur et malgré le Cloître des Docteurs, malgré les couvents, malgré le Chapitre, malgré le Corps municipal et la noblesse, on pose la première pierre du futur Collège.
[!--Note--] 190 ([retour])
Elle en ajoutera 16,000, au moment de sa mort. (D. Diego de Guzmán, Vida y muerte de Da Margarita de Austria, reyna de España, Madrid, in-4o, IIa Parte, p. 213.)
On a démoli, pour lui faire une place, deux rues et deux églises; on a failli démolir aussi la ravissante maison de las Conchas, pour laquelle les Jésuites avaient offert autant d'onces d'or qu'elle a de coquilles sculptées sur sa façade; et sur cet espace immense on bâtit le plus vaste édifice de Salamanque. Il coûtera 27 millions de réaux, aura plus de cinq cents portes, près de mille fenêtres et pourra loger pour le moins trois cents écoliers.
Mais c'est à Madrid, dans la capitale même du royaume, que «la Compagnie» porte à l'enseignement universitaire le coup le plus dangereux.
En 1625, elle obtient de Philippe IV l'autorisation d'y fonder son fameux Collège Impérial.
Il est assez curieux de voir par quelles raisons elle avait démontré au prince la nécessité d'un tel établissement. «Ce Collège, disait-elle dans sa requête, ne fera pas double emploi avec les Universités déjà existantes parce que les grands personnages de la Cour n'envoient aux Universités que leurs fils cadets qui ont besoin de s'assurer des moyens d'existence en suivant la carrière des lettres. Ils n'y envoient pas leurs fils aînés, qui hériteront de leurs biens et de leurs charges, et comme ceux-là sont destinés à servir l'Etat dans les grands emplois, ils ont, plus encore que les autres, besoin d'être bien instruits.» Un autre argument, c'était que les Universités, «s'attachant exclusivement aux études supérieures, négligeaient l'érudition et les langues qui sont un si bel ornement pour les cavaliers et gens de noblesse[ 191]».
[!--Note--] 191 ([retour])
Fundación de los estudios generales en el Colegio Imperial de los Jesuítas de Madrid, hecha por Felipe IV en 1625. (Copia que se halla en el archivo del Exemo Sr. Duque de Frias.)
Pour ces raisons et aussi «pour la singulière dévotion qu'il portait à saint Ignace», Philippe [p. 174] IV approuva pleinement le projet et accorda expressément son patronage au nouvel établissement en lui conférant le titre d'Estudios Reales.