Partout la même tyrannie des textes, partout le même enseignement, servile pour le fond, minutieux dans la forme, plein de chicanes et d'arguties. C'est cet enseignement qu'avaient [p. 169] condamné avec tant de chaleur les grands humanistes comme Vives et le Brocense: il avait repris ses traditions et son autorité. Incompatible par essence avec toute liberté d'examen, hostile à toute idée de progrès, il allait pendant près de deux siècles tenir les Universités espagnoles à l'écart du monde, des progrès de la science, des grands mouvements de la pensée: il allait prolonger pour elles le Moyen-Age.
CHAPITRE II.
LA CONCURRENCE DE LA «COMPAGNIE».
Des causes plus particulières ont hâté en Espagne la décadence des Universités.
Une des premières, c'est la concurrence qu'a commencé à leur faire, presque dès sa naissance, la puissante Compagnie de Jésus. Elle s'introduit peu à peu dans toutes les villes importantes et y ouvre ses écoles. Avec une ténacité extraordinaire, malgré des résistances presque unanimes, elle s'efforce de prendre pied dans les grands centres d'instruction et, au contraire des autres ordres qui profitent des cours de l'Université et augmentent le nombre de ses étudiants, elle garde avec un soin jaloux, pour mieux leur imprimer sa forte discipline, les jeunes gens qu'elle a conquis.
C'est le 27 septembre 1540 qu'une bulle de Paul III avait approuvé la fondation d'Ignace [p. 171] de Loyola. Dès 1544, la Société de Jésus ouvre à Valence une maison d'enseignement.
Elle élève à Alcalá un superbe Collège qui domine les autres édifices par ses vastes proportions, par la majesté de sa façade décorée de statues et de colonnes. A Séville, elle achève de ruiner l'Université déjà chancelante en fondant une maison non moins magnifique, que Cervantes a pompeusement célébrée[ 189] et un autre Collège dit des Becas coloradas.
[!--Note--] 189 ([retour])
Coloquio de los Perros.