On lisait dans les anciens Statuts: «Chaque professeur est formellement obligé d'interpréter dans son cours l'esprit de l'auteur dont sa chaire porte le nom: le professeur d'Aristote, l'esprit d'Aristote; le professeur de Saint-Thomas, l'esprit de saint Thomas; le professeur de Scot, l'esprit de Scot...»—Dans les Statuts réformés d'Alcalá, nous retrouvons des instructions à peu près pareilles: «Nous ordonnons que les régents de philosophie soient tenus de lire le texte même d'Aristote, qu'ils doivent apporter en chaire et lire à la lettre—sous peine d'amende—et qu'ils lisent d'une façon mesurée, sans trop de précipitation ni de lenteur.»

[p. 167]

Cet étroit assujettissement à des textes imposés qu'on subissait au Moyen-Age par esprit de routine, on s'y résigne maintenant par prudence. Les anciens programmes, qu'on avait interprétés plus librement pendant un demi-siècle, sont appliqués de nouveau dans toute leur rigueur: ils pèsent lourdement sur les études.

Prenons un écolier espagnol, contemporain de Philippe III, qui vient suivre les cours d'une grande Université, Valladolid, Alcalá ou Salamanque. Il sait déjà un peu de latin et a quelque teinture des humanités. Il s'inscrira d'abord dans la Faculté d'«Arts», sorte de Faculté préparatoire, où on lui inculquera les préceptes de la rhétorique, et il recevra pendant quatre ans les leçons des philosophes: la première année, il apprendra les Súmulas (ou Petite Logique) de Pedro Hispano; la seconde année, la suite de la Logique dans les Prédicables de Porphyre et les Topiques d'Aristote; la troisième année, la «Philosophie naturelle» dans la Physique d'Aristote, dans ses Météores, dans son Traité de l'âme; la quatrième année, il étudiera la Métaphysique, du même auteur[ 188].

[!--Note--] 188 ([retour])
Programmes d'Alcalá.

[p. 168]

Le voilà imbu de tous les systèmes aristotéliques, embrouillés d'ailleurs par la manie scolastique des divisions et des subdivisions, faussés par la préoccupation constante de mettre d'accord cette philosophie avec les principes de la religion révélée.

S'il passe en théologie, il y retrouvera Aristote, mais encore plus déformé, interprété en sens divers par des écoles opposées. Selon ses préférences il pourra choisir entre les Dominicains qui suivent saint Thomas, les Franciscains qui suivent Scot Erigène et les Jésuites qui suivent Suárez.

S'il préfère le droit civil ou le droit canon, il lui faudra, là aussi, apprendre par cœur textes, gloses et commentaires.

S'il s'est tourné vers la médecine, où l'on est encore fidèle à Hippocrate, à Galien et à Avicenne, c'est par les principes d'Avicenne, d'Hippocrate et de Galien qu'il devra s'instruire dans l'art de reconnaître les maladies et de les guérir.