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Chaque «nation» avait son cri de ralliement. Les étudiants de Castille criaient: ¡Viva la espiga! (Vive l'épi!), ceux d'Andalousie: ¡Viva la aceituna! (Vive l'olive!), ceux de l'Estremadure: ¡Viva el chorizo! (Vive le saucisson!).

Les Andalous, querelleurs et vantards, ne peuvent jamais s'entendre avec les gens du [p. 195] Nord: leurs ennemis naturels sont les Biscayens, froids, lourds et rancuneux. Une plaisanterie, un méchant propos suffisent à mettre aux prises les écoliers des deux provinces: ils se battent pendant des journées entières; le lendemain, chaque parti recueille ses blessés, ensevelit ses morts, et souvent, au retour des funérailles, les deux troupes rivales en viennent encore aux mains.

Quelquefois aussi ce sont des révoltes générales qui éclatent. Il y en eut une à Salamanque, à la fin du seizième siècle, parce que le bruit avait couru qu'on allait transporter à Rome les dossiers des archives universitaires. Mais les faits les plus graves, ceux qui font le plus de tort aux Écoles, ce sont les luttes sanglantes des étudiants et des bourgeois.

Depuis des siècles, les étudiants vivaient en assez mauvais termes avec la population civile. On raconte que le vieil Estudio de Palencia avait jadis clos ses portes à la suite d'une bagarre entre les écoliers et les habitants. A Valence, à Saragosse, à Valladolid, cités riches et fortes, qui n'avaient pas besoin des Écoles pour prospérer, les étudiants n'auraient pas osé troubler trop ouvertement la tranquillité publique.

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Mais à Salamanque et à Alcalá, où une bonne partie de la ville vivait de l'Université et bénéficiait de ses privilèges[ 217], ils se considéraient comme des maîtres absolus et leur insolence ne connaissait pas de limites. Au milieu du dix-septième siècle, quand rien ne les retint plus, ils allèrent si loin que l'on songea sérieusement, et à deux reprises, à fermer l'Université d'Alcalá. A Salamanque, les bourgeois, dont la patience n'était pas moins lassée, se résolurent à se défendre eux-mêmes. Ils répondirent assez brutalement aux ordinaires provocations. Les écoliers essayèrent de se venger et il arriva que, plusieurs jours de suite, on se battit dans les rues.

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Ce n'étaient pas seulement les serviteurs des étudiants qui profitaient du faero universitaire, mais aussi leurs logeurs, leurs fournisseurs de toute sorte, les muletiers et les voituriers qui leur apportaient des vivres. Du temps où il y avait à Salamanque sept mille étudiants, dix-huit mille noms étaient inscrits sur le registre-matricule des Écoles. (Gil de Zárate, op. cit., II, p. 264.)

En 1644, les deux «nations» de Biscaye et de Guipúzcoa, traversant la Plaza Mayor, se prennent de querelle avec les gens de la ville. Le Corregidor intervient: il reçoit une balle dans une jambe. Les étudiants sont poursuivis [p. 197] par la foule jusqu'à la place de la Yerba et, de là, jusqu'au couvent de la Madre de Dios. Là ils s'arrêtent, font face à leurs adversaires et tuent deux bourgeois; mais un des leurs est saisi, entraîné en prison et soumis aussitôt à la torture.

Le lendemain, les habitants fort excités font sonner le tocsin: ils marchent sur les Écoles, pénètrent violemment dans le cloître, poursuivent sous le portique et jusque dans les salles de cours les étudiants surpris. Pour les calmer, l'Écolâtre se montre à une fenêtre: on tire sur lui plusieurs coups de pistolet. D'autres bandes, pendant ce temps, vont casser les vitres des Grands Collèges et font la chasse à tous les écoliers qui se risquent dans les rues.

L'étudiant pris dans la première échauffourée est livré en hâte à la justice civile, contrairement au privilège universitaire, et condamné à mort, malgré l'intervention de l'évêque. Le malheureux subit le supplice du garrot, sur le balcon du Corregidor, en présence d'une foule immense et sans qu'on lui ait voulu donner le viatique.