Un grand nombre de ses camarades s'arment pour le venger, tandis que les plus craintifs s'enfuient de Salamanque. Pendant toute une [p. 198] semaine, les deux partis continuent à échanger des coups de pistolet et des coups de couteau jusqu'à ce qu'arrive de Madrid un alcade de la Cour qui fait pendre ou fouetter de verges les batailleurs les plus acharnés et rétablit ainsi la paix.
On devine quel discrédit pouvaient jeter sur les Universités d'aussi graves désordres, bientôt connus dans tout le royaume. Les familles s'effrayaient de toutes ces scènes de violence et les Jésuites opposaient à de pareils tableaux la paix sereine de leurs maisons.
CHAPITRE V.
DÉCLIN RAPIDE DES UNIVERSITÉS.—L'ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE AU DIX-SEPTIÈME ET AU DIX-HUITIÈME SIÈCLES.
La surveillance de plus en plus étroite et méfiante de l'Église, l'absolutisme des rois qui abaisse le niveau intellectuel de la nation, l'hostilité de la Compagnie de Jésus, la tyrannie des Grands Collèges, les querelles intérieures et le relâchement de la discipline, voilà bien, semble-t-il, les principales raisons qui ont précipité la décadence des Universités espagnoles.
Dès la fin du dix-septième siècle, cette décadence est complète.
Le nombre des étudiants a prodigieusement diminué. Salamanque en comptait, en 1566, sept mille huit cents; en 1620, elle en avait encore quatre mille. En 1700, elle n'en a plus que deux mille, et vers le milieu du dix-huitième siècle, il n'en restera guère plus de quinze cents. On peut [p. 200] juger par là de la déchéance des autres Écoles qui, elles, ne sont pas soutenues par les souvenirs d'un long passé de gloire.
L'enseignement, déjà fort espacé, est coupé par des congés de plus en plus nombreux. Dans certaines Universités, les cours vaquent une fois de plus par semaine, «pour que les étudiants puissent se raser» (día de barba).