[p. 208]

On organise pour lui un simulacre d'Oposición, on lui suscite un concurrent ridicule qu'il écrase sans effort devant un jury d'ailleurs incompétent; on lui décerne solennellement le titre convoité et, respectueuse des traditions, la bonne ville de Salamanque célèbre joyeusement cette facile victoire comme elle le faisait jadis pour des succès plus glorieux.

On devine ce que put être l'enseignement d'un maître ainsi préparé.

Il occupa pourtant de son mieux les années qui lui restaient à vivre. Quoique son travail fût un peu trop souvent interrompu par des voyages à Madrid et des pèlerinages un peu longs, il rédigea fort soigneusement ses Mémoires, aussi remarquables par l'abondance des détails que par la variété des réflexions morales; il publia chaque année un almanach où il marquait avec une grande exactitude les phases de la lune et prédisait si heureusement les éclipses, les morts des princes et les autres catastrophes publiques, qu'il fit connaître son nom de toute l'Espagne et gagna, avec ces petits papiers, 40,000 ducats[ 228]; il composa un nombre respectable [p. 209] d'ouvrages instructifs et divertissants: Anatomie du Monde visible et du Monde invisible; Voyage fantastique dans l'une et l'autre sphères; Visions et Songes moraux, écrits dans la manière de Quevedo; Médecine physique et morale; Traité des tremblements de terre et recettes domestiques; Traité de la Pierre philosophale; deux recueils de Poésies variées: sonnets, épîtres, couplets, épigrammes, sainetes, intermèdes et divertissements; trois recueils de biographies édifiantes; une quantité de satires ou de pamphlets où se dépensa son humeur batailleuse.

[!--Note--] 228 ([retour])
Pronósticos de el Gran Piscator de Salamanca.

Non content d'avoir ainsi rempli quatorze gros volumes imprimés sur deux colonnes[ 229], il se livra à d'autres occupations moins intelligentes, sans doute, mais également absorbantes: il broda de ses mains un tapis de trente pieds de long et de quinze pieds de large; un panneau de dimensions à peu près pareilles; un frontal et une chasuble destinés aux Pères Capucins; dix vestes; une couverture et quelques autres morceaux[ 230].

[p. 210]

Étant d'humeur allègre et sociable, il ne manqua jamais ni une fête, ni une comédie, ni une course de taureaux[ 231]; il accepta toutes les invitations et en rendit quelques-unes. Le reste de son temps, il le consacra aux mathématiques.

[!--Note--] 229 ([retour])
Obras de el Doctor D. Diego de Torres Villaroel, de el Gremio y Claustro de la Universidad de Salamanca, y su Catedrático de Prima de Matemáticas; Salamanca, 1752, 14 vol. in-8o.

[!--Note--] 230 ([retour])
Vida... de el Doctor D. Diego de Torres, p. 163.