—Profane! Et les ruines de Capri?
—N'as-tu pas la société d'une arrière-arrière-petite-fille de Tibère? Tes goûts archéologiques ont là de quoi se satisfaire. Recherche son arbre généalogique, remonte à Tacite, à Suétone, et fais ce cadeau à notre hôte. Moi, je m'engage à lui peindre pour enseigne le portrait du second César: large d'épaules et de poitrine, teint pâle et bourgeonné, cheveux longs dans le cou, comme les Italiens modernes, yeux très grands, air morose, la tête raide, inclinée en arrière.—Avoue que pour un peintre je connais bien mes auteurs.
—Tu plaisantes toujours.
—Je te jure que le patron aura ce portrait.
—Tu veux influencer son hospitalité.
—Il est même capable de nous faire payer plus cher, une fois le tableau mis en place.
—Paresseux!
—Je te promets de ne pas laisser une ruine, une pierre, un creux de rocher, sans les toucher, les peindre, les exalter en vers et en prose; mais demain!—Nous sommes abîmés de fatigue, et les villas de Tibère, si curieuses qu'elles soient, ne nous offriront ni berceaux de verdure, ni chambres de repos, pas même un simple banc pour nous asseoir. Les fameuses salles de bain sont sans doute dans le même état, sans voûte et sans murailles; à peine de loin en loin doit-il exister un bloc informe, un pan de mur, une mosaïque grande comme la main, asiles non contestés des couleuvres et des lézards!—Aie pitié de ton ami, et remets toutes tes promenades à demain et aux jours suivants.
—Demain! soupira le jeune poëte en s'asseyant.
—Du reste, il nous faut un guide, et Pagano n'arrivera que demain matin.»