—Bah! partons, et que Proserpine nous protège!

—Qu'elle nous garde plutôt des embûches de ses chères compagnes!

—Elles ne sont pas si redoutables.»

Le pêcheur marchait devant eux d'un pas rapide, regardant parfois le ciel dont l'azur se plombait de tons gris, espèces de vapeurs dégagées de la terre et de la mer: ils suivaient difficilement l'agile Capriote à travers les chemins rocailleux et escarpés qu'il leur faisait prendre pour raccourcir la distance. Quand ils eurent quitté la route, ils entrèrent dans un sentier plus désert et plus sauvage encore: déjà une petite brise leur soufflait au visage, diminuant la lourdeur de l'atmosphère et pénétrant dans leurs poumons avides de fraîcheur. Enfin, après avoir souvent manqué de tomber, après s'être déchirés à tous les buissons, piqués à tous les arbustes, ils atteignirent l'escalier taillé en plein roc qui conduisait à la Petite Marine, à la hutte du pêcheur.

En cet instant le soleil allait tomber dans la mer et se trouvait à moitié caché par les pics de Procida, les escarpements d'Ischia; des vapeurs roussâtres flottaient à l'horizon, noyant la ligne de la mer, et quelques rayons lumineux accusaient encore leur transparence. La base des rochers devenait plus sombre, avec de mystérieux renfoncements, des trous pleins d'ombre, des cavernes béantes, que l'approche du soir faisait plus vastes et qui semblaient s'enfoncer au cœur des falaises. Les hautes cimes, au contraire, brillaient d'un éclat rouge, frappées obliquement par les dernières flèches du soleil. La mer s'étendait, bleue comme le ciel, avec son horizon perdu dans les brouillards.

Pagano les fit reposer quelques instants chez lui, leur donna d'épais cabans de pêcheurs pour se défendre du froid et de la pluie et les conduisit vers le rocher où ils devaient se poster. Ce bloc monstrueux, avançant un peu dans la mer, pouvait à la fois les abriter contre les vagues ou les rafales du vent et leur permettre de voir, sans être vus, tout ce qui se passerait sur la petite plage étendue au pied des falaises et contiguë à cette roche.

«Vous êtes bien résolus à voir et à entendre les Sirènes, leur dit encore le guide qui semblait hésiter à les laisser seuls avant d'avoir essayé une dernière fois de les détourner de leur dessein.

—Si tu as peur, Pagano, laisse-nous: viens seulement nous reprendre demain matin, nous te raconterons toute la conversation de ces dames.

—Adieu! Je retourne près de ma femme.

—Au revoir, Pagano.