—Au revoir, si la Madone vous protège! Personne n'en est revenu.» Et il fit un geste dubitatif.

«Bah! tu ne parviendras pas à nous effrayer; va te coucher mon ami, et bonne nuit!

—Je voudrais vous en souhaiter autant: mais tenez-vous ferme au rocher et surtout ne vous montrez pas: ce serait la mort!

—À demain.»

Ils restèrent seuls.

Julien riait encore des terreurs du guide, et, consultant des yeux le ciel et la mer, prenait ses dispositions pour affronter la tempête en choisissant une place dans les anfractuosités de la roche. Paul, rêveur, immobile, regardait les trois fameux rochers, plongés à moitié dans la mer à une assez grande distance de la côte: sur le fond encore bleu et clair ils se détachaient, découpant leurs noires silhouettes.

Le soleil disparut; de grandes ombres envahirent la plage, toute la ligne des falaises, la mer et le ciel. En même temps, du sein des vapeurs brumeuses où se noyait l'horizon, et qui semblaient maintenant une masse indécise et ténébreuse, s'élevait comme un rideau noir montant rapidement dans le ciel: ce nuage allait rendre la nuit plus sombre encore.

Subitement aussi, la mer avait grossi; les vagues, plus longues, plus convulsives, fouettaient avec force en venant se jeter sur le rocher et une pluie d'écume tombait par instants sur les jeunes gens. À mesure que le gros temps augmentait, le fracas des galets sur la plage devenait assourdissant, les empêchant même de s'entendre; ils se contentaient d'observer, pendant que des rafales de vent leur balayaient la figure et qu'une poussière humide les inondait. Dans les cavernes de la côte le choc des vagues était terrible.

De toute la nature montait un grondement sourd, égal, grossissant de minute en minute, effrayant indice de ce qui allait se passer. Julien lui-même sentait une vague terreur secouer son cœur sceptique et, avec Paul, il se cramponnait au rocher, solidement arc-bouté, regardant éperdument devant lui les trois rochers. On les distinguait parfaitement dans la pleine mer; seulement de noirs, ils étaient devenus gris, prenant une teinte en rapport avec ce qui les entourait, teinte claire en comparaison du ciel entièrement couvert par le nuage. Aux hurlements du vent, aux rugissements lointains de la mer, se joignait un roulement de tonnerre caché dans ces ténèbres. La tempête arrivait de partout; mais on pressentait qu'avant de se ruer elle préparait son élan, ramassait ses forces, contenant jusqu'au dernier instant sa fureur et sa violence, pour se déchaîner plus impétueuse, irrésistible.

Tout à coup, Paul et Julien se serrèrent la main et se regardèrent sans dire un mot, une vague lueur leur permettant encore de voir leurs visages: ils étaient pâles et atterrés.