Le pécheur se signa, reculant de quelques pas: «Nous les avons vues, et
Paul a marché vers elles.
—Que Dieu ait son âme!» Pagano tomba à genoux et murmura une prière.
Le peintre pleurait comme un enfant, brisé par cet effroyable événement; anéanti de douleur, il se laissa conduire machinalement, sans voir, sans penser, à la hutte du pêcheur. De temps en temps quelques mots, toujours les mêmes, sortaient de sa bouche:
«Paul! mon pauvre et cher Paul!»
Et les larmes coulaient, sans qu'il cherchât à les cacher, sur ses joues pâlies.
Le surlendemain seulement la tempête cessa complètement: une brise tiède avait chassé les nuages orageux, le soleil brillait comme lavé par la pluie, et les vagues avaient repris leurs molles ondulations, se frangeant à peine d'une légère écume qui mourait sans murmures sur la plage, en caressant les galets.
A la première heure du jour, dans une petite anse à sec, près de la hutte de Pagano, on retrouva le corps de Paul Maresmes: un sourire errait encore sur ses lèvres décolorées, et sa main crispée serrait convulsivement le scarabée de feldspath verdâtre qui se trouvait dans les cheveux de la jeune fille.
Julien, aidé de Pagano, recueillit pieusement les restes de son malheureux ami et les fit ensevelir sur la petite plage où il avait trouvé la mort.
Giovanna ne reparut jamais à Capri: les pécheurs de la Petite Marine disent qu'elle a rejoint ses sœurs.
En face de la tombe solitaire, plaque de marbre baignée par l'écume marine, les Sirènes se dressent sombres et menaçantes, immuables rochers qui brisent éternellement la vague.