* * * * *
La tempête éclate furieuse; la nature est bouleversée de nouveau. Le vent souffle avec rage, le tonnerre gronde, les vagues écument, s'amoncellent, tourbillonnent monstrueusement; des jets de feu crèvent les nuages et la pluie s'abat comme une inondation, confondant le ciel et la mer; des éclats terribles vont se heurter à tous les échos du rivage, pendant que des montagnes d'eau s'avancent mugissantes et s'écrasent avec des flots d'écume sur le rocher auquel se cramponne désespérément Julien Danoux. Bientôt il n'a plus le sentiment de rien; ses ongles crispés le retiennent aux pointes du rocher, ses pieds sont arc-boutés contre la pierre aussi solidement que s'il faisait corps avec elle; tout se confond dans son esprit, il ne pense plus, ne voit plus et croit mourir, au milieu du tumulte épouvantable qui convulsionne tout autour de lui.
Les lueurs blafardes de l'aube, après cette nuit horrible, éclairèrent un corps étendu sur le rocher et semblable à un cadavre, sinistre épave de quelque naufrage; c'était le jeune peintre. Ses membres raidis, glacés par l'eau, ne pouvaient se détendre; et, le cœur serré d'une immense épouvante, le cerveau plein d'une angoisse mortelle, sans bouger, n'ayant la force de remuer ni les bras ni les jambes, Julien, les yeux grands ouverts, regardait avec une affreuse fixité devant lui. Sur la plage, la vague encore irritée venait seule cracher son écume au milieu des galets, et, au loin dans la mer houleuse, sous le ciel sombre, se dressaient solitaires les trois rochers, noirs, muets, impassibles, effrayants! Rien que la mer: il restait seul en face d'un problème insoluble.
Au matin, Pagano le trouva dans cette position, inerte et sans forces; le pêcheur parvint à le tirer de cet engourdissement et Julien fut bientôt en état de se tenir debout, de marcher. Sa première question fut pour s'informer de Paul Maresmes.
«Je ne l'ai pas vu; il doit être encore avec vous», dit Pagano.
Julien, désespéré, se prit la tête à deux mains comme pour faire appel à sa raison et à son courage.
«Le malheureux! Pourquoi s'est-il levé? Pourquoi leur a-t-il parlé?
—A qui?
—Aux Sirènes.
—Vous les avez donc vues?»