«Mes sœurs, mes sœurs, pourquoi m'avoir oubliée si longtemps? J'avais l'ardent désir de vous revoir, et, chaque fois que la tempête remuait les vagues immenses, cette plage retentissait de mes prières.»

Une femme s'avance, n'ayant d'autre voile à sa merveilleuse nudité que les cheveux noirs tombant jusqu'à ses pieds. La stupéfaction ôte la voix aux jeunes gens et pèse de tout son poids sur eux, paralysant leurs langues et leurs mouvements, quand ils reconnaissent la jeune fille dont Pagano leur a raconté l'histoire.

Plus belle encore débarrassée de ses grossiers vêtements, elle s'avance vers les Sirènes à mesure que les paroles s'échappent de sa bouche avec une délicieuse mélodie. Rien ne cache les formes pures de son corps, aussi blanc, aussi parfait que celui de ses sœurs; dans ses cheveux, au-dessus du front, brille d'un éclat curieux la pierre verdâtre en forme de scarabée, parfois vue par Paul Maresmes à cette même place sur la tête de Giovanna. Le poëte y voit comme une révélation de la nature mystérieuse de la jeune Capriote et de sa transformation en fille de la terre, le scarabée égyptien étant, dans les croyances hiératiques, le symbole de la génération céleste qui fait regermer le défunt dans une nouvelle vie; par une secrète incubation il a été donné à la Sirène de revivre sous la forme de Giovanna.

Toutes trois se sont levées sur la plage pour recevoir la nouvelle venue.

«Aglaophone! Aglaophone, reviens avec nous!»

Mais, tandis que Julien immobile, écrasé par une fascination plus puissante que sa volonté, ne peut rien dire et demeure incapable de bouger, un transport fougueux, une exaltation surhumaine, s'emparent de Paul Maresmes. Transfiguré, les yeux rayonnants d'un bonheur immense, soulevé par une force irrésistible, il se dresse, oublieux du danger, méprisant toute précaution; l'amour seul le possède et il dépasse de son corps entier la ligne sombre du rocher.

«Giovanna! Giovanna! est-ce bien toi?»

La Sirène se tourne alors vers le jeune poëte, lui tendant les bras et l'enivrant de son plus délicieux sourire.

«Viens, mon bien-aimé! Viens vite! Je suis fidèle au rendez-vous!»

Julien, glacé de terreur, voudrait en vain le retenir: Paul escalade rapidement le rocher, saute sur la plage et court à l'enchanteresse. Le jeune homme presse Giovanna dans ses bras, les Sirènes l'entourent, leurs chants harmonieux se changent en hymne de triomphe et une cruelle expression de haine satisfaite illumine leurs traits; les lèvres de Paul et celles de la Sirène se joignent dans un suprême et délirant baiser!