—C'est bon, tout ça, mais si les autres ne sortent pas, ça vous fait une belle jambe, votre papier.
Et M. Massarel pâlit. Si les autres ne sortaient pas, en effet, il fallait aller de l'avant maintenant. C'était non seulement son droit, mais aussi son devoir.
Et il regardait anxieusement la mairie espérant qu'il allait voir la porte s'ouvrir et son adversaire se replier.
La porte restait fermée. Que faire? la foule augmentait, se serrait autour de la milice. On riait.
Une réflexion surtout torturait le médecin. S'il donnait l'assaut, il faudrait marcher à la tête de ses hommes; et comme, lui mort, toute contestation cesserait, c'était sur lui, sur lui seul que tireraient M. de Varnetot et ses trois gardes. Et ils tiraient bien, très bien; Picart venait encore de le lui répéter. Mais une idée l'illumina et, se tournant vers Pommel:
—Allez vite prier le pharmacien de me prêter une serviette et un bâton.
Le lieutenant se précipita.
Il allait faire un drapeau parlementaire, un drapeau blanc dont la vue réjouirait peut-être le coeur légitimiste de l'ancien maire.
Pommel revint avec le linge demandé et un manche à balai. Au moyen de ficelles, on organisa cet étendard que M. Massarel saisit à deux mains; et il s'avança de nouveau vers la mairie en le tenant devant lui. Lorsqu'il fut en face de la porte, il appela encore «Monsieur de Varnetot». La porte s'ouvrit soudain, et M. de Varnetot apparut sur le seuil avec ses trois gardes.
Le docteur recula par un mouvement instinctif; puis, il salua courtoisement son ennemi et prononça, étranglé par l'émotion: «Je viens, Monsieur, vous communiquer les instructions que j'ai reçues.»