Le gentilhomme, sans lui rendre son salut, répondit: «Je me retire, Monsieur, mais sachez bien que ce n'est ni par crainte, ni par obéissance à l'odieux gouvernement qui usurpe le pouvoir.» Et, appuyant sur chaque mot, il déclara: «Je ne veux pas avoir l'air de servir un seul jour la République. Voilà tout.»
Massarel, interdit, ne répondit rien; et M. de Varnetot, se mettant en marche d'un pas rapide, disparut au coin de la place, suivi toujours de son escorte.
Alors le docteur, éperdu d'orgueil, revint vers la foule. Dès qu'il fut assez près pour se l'aire entendre, il cria: «Hurrah! hurrah! La République triomphe sur toute la ligne.»
Aucune émotion ne se manifesta.
Le médecin reprit: «Le peuple est libre, vous êtes libres, indépendants.
Soyez fiers!»
Les villageois inertes le regardaient sans qu'aucune gloire illuminât leurs yeux.
A son tour, il les contempla, indigné de leur indifférence, cherchant ce qu'il pourrait dire, ce qu'il pourrait faire pour frapper un grand coup, électriser ce pays placide, remplir sa mission d'initiateur.
Mais une inspiration l'envahit et, se tournant vers Pommel: «Lieutenant, allez chercher le buste de l'ex-empereur qui est dans la salle des délibérations du conseil municipal, et apportez-le avec une chaise.»
Et bientôt l'homme reparut portant sur l'épaule droite le Bonaparte de plâtre, et tenant de la main gauche une chaise de paille.
M. Massarel vint au-devant de lui, prit la chaise, la posa par terre, plaça dessus le buste blanc, puis se reculant de quelques pas, l'interpella d'une voix sonore: