Ils habitaient ensemble pourtant, mangeaient face à face, muets et désespérés.

Puis il s'apaisa peu à peu; mais elle ne lui pardonnait point.

Et la vie continua, dure pour tous les deux.

Pendant un an, ils demeurèrent aussi étrangers l'un à l'autre que s'ils ne se fussent pas connus. Berthe faillit devenir folle.

Puis un matin étant partie dès l'aurore, elle rentra vers huit heures portant en ses deux mains un énorme bouquet de roses, de roses blanches, toutes blanches.

Et elle fit dire à son mari qu'elle désirait lui parler.

Il vint inquiet, troublé.

—Nous allons sortir ensemble, lui dit-elle; prenez ces fleurs, elles sont trop lourdes pour moi.

Il prit le bouquet et suivit sa femme. Une voiture les attendait qui partit dès qu'ils furent montés.

Elle s'arrêta devant la grille du cimetière. Alors Berthe, dont les yeux s'emplissaient de larmes, dit à Georges:—Conduisez-moi à sa tombe. Il tremblait sans comprendre, et il se mit à marcher devant, tenant toujours les fleurs en ses bras. Il s'arrêta enfin devant un marbre blanc et le désigna sans rien dire.