—Viens donc ici.

Elle accourut.

—Tiens, mets-toi tout près de ta mère.

Elle s'y plaça, et il les compara; mais il répétait machinalement, sans conviction: «Oui, c'est étonnant, c'est étonnant,» car elles se ressemblaient moins côte à côte qu'avant de quitter Paris, la jeune fille ayant pris en cette toilette noire une expression nouvelle de jeunesse lumineuse, tandis que la mère n'avait plus depuis longtemps cette flambée des cheveux et du teint dont elle avait jadis ébloui et grisé le peintre en le rencontrant pour la première fois.

Puis la comtesse et lui entrèrent au salon. Il semblait radieux.

—Ah! la bonne idée que j'ai eue de venir!—disait-il. Il se reprit:—Non, c'est votre mari qui l'a eue pour moi. Il m'a chargé de vous ramener. Et moi, savez-vous ce que je vous propose?—Non, n'est-ce pas?—Eh bien, je vous propose au contraire de rester ici. Par ces chaleurs, Paris est odieux, tandis que la campagne est délicieuse. Dieu! qu'il fait bon!

La tombée du soir imprégnait le parc de fraîcheur, faisait frissonner les arbres et s'exhaler de la terre des vapeurs imperceptibles qui jetaient sur l'horizon un léger voile transparent. Les trois vaches, debout et la tête basse, broutaient, avec avidité, et quatre paons, avec un fort bruit d'ailes, montaient se percher dans un cèdre où ils avaient coutume de dormir, sous les fenêtres du château. Des chiens aboyaient au loin par la campagne, et dans l'air tranquille de cette fin de jour passaient des appels de voix humaines, des phrases jetées à travers les champs, d'une pièce de terre à l'autre, et ces cris courts et gutturaux avec lesquels on conduit les bêtes.

Le peintre, nu-tête, les yeux brillants, respirait à pleine gorge; et comme la comtesse le regardait:

—Voilà le bonheur, dit-il.

Elle se rapprocha de lui.