—Il ne dure jamais.
—Prenons-le quand il vient.
Elle, alors, avec un sourire:
—Jusqu'ici vous n'aimiez pas la campagne.
—Je l'aime aujourd'hui, parce que je vous y trouve. Je ne saurais plus vivre en un endroit où vous n'êtes pas. Quand on est jeune, on peut être amoureux de loin, par lettres, par pensées, par exaltation pure, peut-être parce qu'on sent la vie devant soi, peut-être aussi parce qu'on a plus de passion que de besoins du coeur; à mon âge, au contraire, l'amour est devenu une habitude d'infirme, c'est un pansement de l'âme, qui ne battant plus que d'une aile s'envole moins dans l'idéal. Le coeur n'a plus d'extase, mais des exigences égoïstes. Et puis, je sens très bien que je n'ai pas de temps à perdre pour jouir de mon reste.
—Oh! vieux! dit-elle en lui prenant la main.
Il répétait:
—Mais oui, mais oui. Je suis vieux. Tout le montre, mes cheveux, mon caractère qui change, la tristesse qui vient. Sacristi, voilà une chose que je n'ai pas connue jusqu'ici: la tristesse! Si on m'eût dit, quand j'avais trente ans, qu'un jour je deviendrais triste sans raison, inquiet, mécontent de tout, je ne l'aurais pas cru. Cela prouve que mon coeur aussi a vieilli.
Elle répondit avec une certitude profonde:
—Oh! moi, j'ai le coeur tout jeune. Il n'a pas changé. Si, il a rajeuni peut-être. Il a eu vingt ans, il n'en a plus que seize.