Puis il s'agita sous ses draps, le corps tordu, la figure convulsée et grimaçante.
Elle répétait:
—Olivier, mon Dieu! Olivier, qu'avez-vous? voulez-vous que j'appelle ...
Il l'avait entendue, cette fois, car il répondit:
—Non ... ce n'est rien.
Il parut en effet s'apaiser, souffrir moins, retomber tout à coup dans une sorte d'hébétement somnolent. Espérant qu'il allait dormir, elle se rassit auprès du lit, reprit sa main, et attendit. Il ne remuait plus, le menton sur la poitrine, la bouche entr'ouverte par sa respiration courte qui semblait lui racler la gorge en passant. Seuls, ses doigts s'agitaient par moments, malgré lui, avaient des secousses légères, que la comtesse percevait jusqu'à la racine de ses cheveux, dont elle vibrait à crier. Ce n'étaient plus les petites pressions volontaires qui racontaient, à la place des lèvres fatiguées, toutes les tristesses de leurs coeurs, c'étaient d'inapaisables spasmes qui disaient seulement les tortures du corps.
Maintenant elle avait peur, une peur affreuse, et, une envie folle de s'en aller, de sonner, d'appeler, mais elle n'osait plus remuer, pour ne pas troubler son repos.
Le bruit lointain des voitures dans les rues entrait à travers les murailles; et elle écoutait si le roulement des roues ne s'arrêtait point devant la porte, si son mari ne revenait pas la délivrer, l'arracher enfin à ce sinistre tête-à-tête.
Comme elle essayait de dégager sa main de celle d'Olivier, il la serra en poussant un grand soupir! Alors elle se résigna à attendre afin de ne point l'agiter.
Le feu agonisait dans le foyer, sous la cendre noire des lettres; deux bougies s'éteignirent; un meuble craqua.