—Voyons, petite, regarde-moi bien en face. Oui, tu as tout à fait le même regard que ta mère; tu seras pas mal dans quelque temps, quand tu auras pris du brillant. Il faut engraisser, pas beaucoup, mais un peu; tu es maigrichonne.

La comtesse s'écria:

—Oh! ne lui dites pas cela.

—Et pourquoi?

—C'est si agréable d'être mince! Moi je vais me faire maigrir.

Mais Mme de Mortemain se fâcha, oubliant, dans la vivacité de sa colère, la présence d'une fillette.

—Ah toujours! vous en êtes toujours à la mode des os, parce qu'on les habille mieux que la chair. Moi je suis de la génération des femmes grasses! Aujourd'hui c'est la génération des femmes maigres! Ça me fait penser aux vaches d'Égypte. Je ne comprends pas les hommes, par exemple, qui ont l'air d'admirer vos carcasses. De notre temps, ils demandaient mieux.

Elle se tut au milieu des sourires, puis reprit:

—Regarde ta maman, petite, elle est très bien, juste à point, imite-la.

On passait dans la salle à manger. Lorsqu'on fut assis, Musadieu reprit la discussion.