Quand il arriva chez la comtesse, on lui dit qu'elle se préparait à faire une promenade au bois. Il fut mécontent et attendit.
Selon son habitude, il se mit à marcher à travers le salon, allant d'un siège à l'autre ou des fenêtres aux murs, dans la grande pièce assombrie par les rideaux. Sur les tables légères, aux pieds dorés, des bibelots de toutes sortes, inutiles, jolis et coûteux, traînaient dans un désordre cherché. C'étaient de petites boîtes anciennes en or travaillé, des tabatières à miniatures, des statuettes d'ivoire, puis des objets en argent mat tout à fait modernes, d'une drôlerie sévère, où apparaissait le goût anglais: un minuscule poêle de cuisine, et dessus, un chat buvant dans une casserole, un étui à cigarettes, simulant un gros pain, une cafetière pour mettre des allumettes, et puis dans un écrin toute une parure de poupée, colliers, bracelets, bagues, broches, boucles d'oreilles avec des brillants, des saphirs, des rubis, des émeraudes, microscopique fantaisie qui semblait exécutée par des bijoutiers de Lilliput.
De temps en temps, il touchait un objet, donné par lui, à quelque anniversaire, le prenait, le maniait, l'examinait avec une indifférence rêvassante, puis le remettait à sa place.
Dans un coin, quelques livres rarement ouverts, reliés avec luxe, s'offraient à la main sur un guéridon porté par un seul pied, devant un petit canapé de forme ronde. On voyait aussi sur ce meuble la Revue des Deux Mondes, un peu fripée, fatiguée, avec des pages cornées, comme si on l'avait lue et relue, puis d'autres publications non coupées, les Arts modernes, qu'on doit recevoir uniquement à cause du prix, l'abonnement coûtant quatre cents francs par an, et la Feuille libre, mince plaquette à couverture bleue, où se répandent les poètes les plus récents qu'on appelle les «Énervés».
Entre les fenêtres, le bureau de la comtesse, meuble coquet du dernier siècle, sur lequel elle écrivait les réponses aux questions pressées apportées pendant les réceptions. Quelques ouvrages encore sur ce bureau, les livres familiers, enseigne de l'esprit et du coeur de la femme: Musset, Manon Lescaut, Werther; et, pour montrer qu'on n'était pas étranger aux sensations compliquées et aux mystères de la psychologie, les Fleurs du mal, le Rouge et le Noir, la Femme au XVIIIe siècle, Adolphe.
A côté des volumes, un charmant miroir à main, chef-d'oeuvre d'orfèvrerie, dont la glace était retournée sur un carré de velours brodé, afin qu'on pût admirer sur le dos un curieux travail d'or et d'argent.
Bertin le prit et se regarda dedans. Depuis quelques années il vieillissait terriblement, et bien qu'il jugeât son visage plus original qu'autrefois, il commençait à s'attrister du poids de ses joues et des plissures de sa peau.
Une porte s'ouvrit derrière lui..
—Bonjour, Monsieur Bertin, disait Annette.
—Bonjour, petite, tu vas bien?