Un instituteur leur dévoila des mystères, des procédés d'amour inconnus aux champs, et infaillibles, disait-il. Ils ratèrent.
Le curé conseilla un pèlerinage au précieux Sang de Fécamp. Rose alla avec la foule se prosterner dans l'abbaye, et, mêlant son voeu aux souhaits grossiers qu'exhalaient tous ces coeurs de paysans, elle supplia Celui que tous imploraient de la rendre encore une fois féconde. Ce fut en vain. Alors elle s'imagina être punie de sa première faute et une immense douleur l'envahit.
Elle dépérissait de chagrin; son mari aussi vieillissait, «se mangeait les sangs,» disait-on, se consumait en espoirs inutiles.
Alors la guerre éclata entre eux. Il l'injuria, la battit. Tout le jour il la querellait, et le soir, dans leur lit, haletant, haineux, il lui jetait à la face des outrages et des ordures.
Une nuit enfin, ne sachant plus qu'inventer pour la faire souffrir davantage, il lui ordonna de se lever et d'aller attendre le jour sous la pluie devant la porte. Comme elle n'obéissait pas, il la saisit par le cou et se mit à la frapper au visage à coups de poing. Elle ne dit rien, ne remua pas. Exaspéré, il sauta à genoux sur son ventre; et, les dents serrées, fou de rage, il l'assommait. Alors elle eut un instant de révolte désespérée, et, d'un geste furieux le rejetant contre le mur, elle se dressa sur son séant, puis, la voix changée, sifflante:
—J'en ai un éfant, moi, j'en ai un! je l'ai eu avec Jacques; tu sais bien, Jacques. Il devait m'épouser: il est parti.
L'homme, stupéfait, restait là, aussi éperdu qu'elle-même; il bredouillait:
—Qué que tu dis? qué que tu dis?
Alors elle se mit à sangloter, et à travers ses larmes ruisselantes elle balbutia:
—C'est pour ça que je ne voulais pas t'épouser, c'est pour ça. Je ne pouvais point te le dire, tu m'aurais mise sans pain avec mon petit. Tu n'en as pas, toi, d'éfant; tu ne sais pas, tu ne sais pas!