Tout le monde accepta avec des sourires, et le juge d'instruction, trouvant qu'on s'était assez occupé, pour ce jour-là, de la petite Roque, se tourna vers le maire:

—Je peux faire porter chez vous le corps, n'est-ce pas? Vous avez bien une chambre pour me le garder jusqu'à ce soir.

L'autre se troubla, balbutiant: «Oui, non... non.... A vrai dire, j'aime mieux qu'il n'entre pas chez moi... à cause... à cause de mes domestiques... qui... qui parlent déjà de revenants dans... dans ma tour, dans la tour du Renard.... Vous savez.... Je ne pourrais plus en garder un seul.... Non.... J'aime mieux ne pas l'avoir chez moi.»

Le magistrat se mit à sourire: «Bon.... Je vais le faire emporter tout de suite à Roüy, pour l'examen légal.» Et se tournant vers le substitut: «Je peux me servir de votre voiture, n'est-ce pas?

—Oui, parfaitement.»

Tout le monde revint vers le cadavre. La Roque maintenant, assise à côté de sa fille, lui tenait la main, et elle regardait devant elle, d'un œil vague et hébété.

Les deux médecins essayèrent de l'emmener pour qu'elle ne vît pas enlever la petite; mais elle comprit tout de suite ce qu'on allait faire, et, se jetant sur le corps, elle le saisit à pleins bras. Couchée dessus elle criait: «Vous ne l'aurez pas, c'est à moi, c'est à moi à c't'heure. On me l'a tuée; j' veux la garder, vous l'aurez pas!»

Tous les hommes, troublés et indécis, restaient debout autour d'elle. Renardet se mit à genoux pour lui parler: «Écoutez, la Roque, il le faut, pour savoir celui qui l'a tuée; sans ça on ne saurait pas; il faut bien qu'on le cherche pour le punir. On vous la rendra quand on l'aura trouvé, je vous le promets.»

Cette raison ébranla la femme et une haine s'éveillant dans son regard affolé: «Alors on le prendra? dit-elle.»

—Oui, je vous le promets.