Et, se baissant vers la Brindille, il y trempa de nouveau son mouchoir qu'il replaça encore sur son front.
Le médecin hâtait le pas, intéressé par la découverte. Dès qu'il fut auprès du cadavre, il se pencha pour l'examiner, sans y toucher. Il avait mis un pince-nez comme lorsqu'on regarde un objet curieux, et tournait autour tout doucement.
Il dit sans se redresser: «Viol et assassinat que nous allons constater tout à l'heure. Cette fillette est d'ailleurs presque une femme, voyez sa gorge.»
Les deux seins, assez forts déjà, s'affaissaient sur la poitrine, amollis par la mort.
Le médecin ôta légèrement le mouchoir qui couvrait la face. Elle apparut noire, affreuse, la langue sortie, les yeux saillants. Il reprit: «Parbleu, on l'a étranglée une fois l'affaire faite.»
Il palpait le cou: «Étranglée avec les mains, sans laisser d'ailleurs aucune trace particulière, ni marque d'ongle ni empreinte de doigt. Très bien. C'est la petite Roque, en effet.»
Il replaça délicatement le mouchoir: «Je n'ai rien à faire; elle est morte depuis douze heures au moins. Il faut prévenir le parquet.»
Renardet, debout, les mains derrière le dos, regardait d'un œil fixe le petit corps étalé sur l'herbe. Il murmura: «Quel misérable! Il faudrait retrouver les vêtements.»
Le médecin tâtait les mains, les bras, les jambes. Il dit: «Elle venait sans doute de prendre un bain. Ils doivent être au bord de l'eau.»
Le maire ordonna: «Toi, Principe (c'était le secrétaire de la mairie), tu vas me chercher ces hardes-là le long du ruisseau. Toi, Maxime (c'était le garde champêtre), tu vas courir à Roüy-le-Tors et me ramener le juge d'instruction avec la gendarmerie. Il faut qu'ils soient ici dans une heure. Tu entends.»